Le Burundi entre officiellement dans le dispositif américain d’expulsions de migrants vers des pays tiers. Le gouvernement burundais a confirmé qu’il était disposé à recevoir des personnes renvoyées des États-Unis alors même qu’elles ne sont pas nécessairement ressortissantes du Burundi et peuvent n’avoir aucun lien antérieur avec le pays.
L’annonce a été faite mardi 29 septembre 2026 par Nancy Ninette Mutoni, porte-parole de la présidence burundaise, lors d’une activité organisée à Ngozi.
Selon la responsable, Bujumbura entend cependant fixer des limites à cette coopération : les personnes faisant l’objet de poursuites pénales ou considérées comme liées au terrorisme ne devraient pas être admises dans le cadre du dispositif.
Ce qui reste inconnu : le gouvernement burundais n’a communiqué ni le nombre total de personnes qu’il s’est engagé à recevoir, ni leur nationalité, ni la date de leur arrivée. Les modalités précises de leur statut et de leur séjour au Burundi devront également être clarifiées.
Hébergement et moyens de subsistance en préparation
Nancy Ninette Mutoni affirme que les autorités travaillent déjà sur les conditions pratiques d’accueil.
Les préparatifs portent notamment sur les lieux d’hébergement, les moyens de subsistance et les conditions dans lesquelles les personnes transférées pourront vivre aux côtés des communautés locales.
Le gouvernement burundais présente ainsi l’opération comme allant au-delà d’un simple débarquement de personnes expulsées. La question de leur installation et de leur accompagnement devra être prise en compte après leur arrivée.
Il reste cependant à déterminer quel statut juridique leur sera accordé : séjour temporaire, possibilité de régularisation, demande éventuelle d’asile, réinstallation ou départ ultérieur vers un autre pays.
Des personnes qui peuvent n’avoir aucun lien avec le Burundi
Le dispositif américain concerné est communément qualifié d’expulsion vers un « pays tiers ».
Contrairement à une expulsion classique, dans laquelle une personne est renvoyée vers son pays de nationalité, cette procédure permet aux États-Unis de transférer certains étrangers vers un autre État disposé à les recevoir.
Dans le cas annoncé par le Burundi, il peut donc s’agir de personnes qui ne sont ni burundaises ni originaires de la région et qui n’ont jamais vécu dans le pays.
L’administration du président Donald Trump défend cette politique comme un instrument permettant d’exécuter certaines décisions d’éloignement lorsque le retour vers le pays d’origine est difficile ou impossible.
Une politique américaine fortement contestée devant les tribunaux
La politique des expulsions vers des pays tiers fait toutefois l’objet d’une bataille judiciaire importante aux États-Unis.
Des organisations de défense des migrants et des avocats soutiennent que les personnes concernées doivent disposer d’une possibilité réelle de signaler les risques de persécution, de torture ou de mauvais traitements auxquels elles pourraient être confrontées dans le pays de destination.
Une juridiction fédérale avait imposé des garanties procédurales supplémentaires avant certains transferts. Une cour d’appel avait ensuite maintenu une partie de ces restrictions.
Mais le 29 septembre, la Cour suprême américaine a autorisé provisoirement l’administration Trump à reprendre sa politique de transferts vers des pays tiers pendant la poursuite du contentieux judiciaire.
La question de fond doit encore être examinée. Cette décision provisoire ne constitue donc pas un jugement définitif sur la légalité de l’ensemble du dispositif.
Un vol vers le Burundi avait déjà été évoqué
Avant l’annonce officielle burundaise, le nom du pays apparaissait déjà dans le contentieux américain sur les expulsions vers l’Afrique.
Selon l’Associated Press, les avocats de migrants avaient indiqué qu’un vol d’environ 70 personnes devait quitter la Louisiane à destination du Burundi, du Rwanda et de la République centrafricaine avant d’être annulé dans le contexte de la procédure judiciaire.
Il n’a pas été précisé combien de ces passagers devaient être transférés spécifiquement au Burundi.
La déclaration de Nancy Ninette Mutoni confirme désormais publiquement que les autorités burundaises acceptent le principe de recevoir des personnes expulsées par Washington.
Plusieurs États africains impliqués dans cette politique
Le Burundi n’est pas le premier pays africain à accepter des personnes expulsées des États-Unis dont il n’est pas le pays d’origine.
L’Eswatini et le Soudan du Sud ont notamment déjà reçu des personnes dans le cadre de cette politique. D’autres accords ou arrangements ont été documentés avec des États africains, parmi lesquels le Rwanda, l’Ouganda, le Ghana et le Cameroun.
Les modalités diffèrent cependant selon les pays : certains acceptent un nombre limité de personnes, d’autres privilégient des ressortissants d’une même région et plusieurs accords restent partiellement confidentiels.
Il serait donc imprécis de présenter tous ces dispositifs comme identiques à celui annoncé par le Burundi.
Une question sensible sur les garanties accordées aux migrants
Au-delà de la coopération diplomatique entre Bujumbura et Washington, le dossier soulève plusieurs questions sur la situation des personnes transférées.
Le Burundi devra notamment préciser leurs droits une fois sur son territoire : liberté de circulation, accès au travail, hébergement, soins médicaux, possibilité de demander une protection internationale et éventuelle faculté de quitter ultérieurement le pays.
La question du principe de non-refoulement sera également centrale lorsqu’une personne affirme risquer des persécutions ou des mauvais traitements en cas de transfert ultérieur vers un autre État.
Les organisations de défense des droits humains demandent de manière générale que les accords d’expulsion vers des pays tiers soient accompagnés de garanties individuelles et d’un contrôle permettant de suivre le sort des personnes après leur transfert.
Le Burundi pose deux exclusions explicites
Pour sa part, la présidence burundaise insiste sur deux catégories qu’elle affirme ne pas vouloir recevoir.
La première concerne les personnes faisant l’objet de poursuites pénales. La seconde vise celles ayant des liens avec le terrorisme.
La manière dont ces critères seront vérifiés n’a pas encore été détaillée. Il reste notamment à savoir si l’examen sera effectué par les autorités américaines, les services burundais ou conjointement par les deux pays avant chaque transfert.
Il faudra également distinguer une personne poursuivie d’une personne déjà condamnée, deux situations juridiquement différentes.
Quelle capacité d’accueil ?
L’organisation matérielle constitue un autre défi. Le Burundi accueille déjà des populations réfugiées et déplacées dans un contexte régional marqué notamment par les crises dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Les données récentes du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés montrent que des besoins importants persistent dans plusieurs secteurs d’assistance au Burundi, notamment en matière d’hébergement, de services essentiels et d’inclusion économique.
L’arrivée de personnes supplémentaires dans le cadre d’un accord avec Washington nécessitera donc des ressources clairement identifiées afin que leur accueil ne réduise pas celles disponibles pour les autres populations vulnérables.
Le gouvernement n’a pas encore précisé qui financera l’hébergement, l’alimentation, l’intégration ou les autres besoins liés au programme.
Un accord dont plusieurs détails restent à rendre publics
L’annonce de Nancy Ninette Mutoni établit désormais clairement la position politique du Burundi, mais elle laisse ouvertes plusieurs questions essentielles.
Le public ignore encore le nombre de personnes concernées, leur provenance, la durée prévue de leur séjour, le financement du dispositif et les garanties juridiques dont elles bénéficieront.
Il reste également à savoir si l’accord entre Bujumb



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