Le débat sur l’avenir de la Constitution congolaise quitte progressivement les seules déclarations des états-majors politiques pour gagner le terrain. Dimanche 27 septembre 2026 à Kinshasa, le député national Auguy Kalonji a lancé, avec son parti, l’Action des Bâtisseurs Intègres pour la République (ABIR), une tournée nationale de sensibilisation consacrée notamment à la question du changement de la Constitution.


Cette première étape a été organisée autour du thème « Lorsque les JUSTES s’en mêlent : parlons paix, patriotisme et justice transitionnelle ». Elle a réuni des cadres et sympathisants du parti ainsi que plusieurs invités, parmi lesquels l’Apôtre-Prophète Bolia Inzola Emmanuel et des membres de l’Église BIMA.


Au cours des échanges, des participants ont exprimé leur soutien à un changement de la Constitution. Cette adhésion exprimée lors d’une activité organisée par l’ABIR ne peut cependant être présentée comme une mesure de l’opinion de l’ensemble de la population congolaise.


Le nouvel enjeu : après les marches et les prises de position des partis politiques, Auguy Kalonji choisit une campagne itinérante. Son objectif déclaré est d’aller dans plusieurs villes et provinces pour discuter directement avec les populations des questions constitutionnelles, de la paix et de l’avenir institutionnel du pays.


Une tournée appelée à dépasser Kinshasa


La rencontre de dimanche ne constitue, selon les organisateurs, que le point de départ d’une série d’activités prévues dans différentes parties de la République démocratique du Congo.


Auguy Kalonji entend utiliser cette tournée pour présenter les positions de son parti mais aussi, selon la communication de l’ABIR, écouter les avis des populations sur les grands débats nationaux.


Le député national est élu de la circonscription de la Tshangu à Kinshasa et dirige l’ABIR, dont le nom officiel est « Action des Bâtisseurs Intègres pour la République ».


Le parti avait déjà affiché ces derniers mois son soutien à Félix Tshisekedi ainsi que son intérêt pour une évolution du cadre constitutionnel, notamment afin d’y accorder une place plus importante à la justice transitionnelle.


Le changement de la Constitution au centre des discussions


L’élément politiquement le plus important de cette tournée reste la question constitutionnelle.


Lors de la rencontre de Kinshasa, le sujet a été abordé ouvertement et des personnes présentes ont manifesté leur soutien à l’idée d’un changement de la Constitution.


Le terme « changement » mérite toutefois d’être distingué juridiquement du mécanisme de « révision constitutionnelle » déjà prévu par la Constitution en vigueur. Le débat politique actuel utilise parfois les deux expressions pour désigner des projets dont le contenu exact n’est pas toujours précisé.


À ce stade, l’ABIR devra donc détailler les dispositions qu’il souhaite effectivement modifier, compléter ou remplacer. Sans proposition formelle et article par article, il reste difficile de mesurer la portée juridique exacte de la campagne.


Ce que prévoit actuellement la Constitution


La Constitution congolaise prévoit elle-même les procédures permettant sa révision.


Son article 218 attribue l’initiative notamment au Président de la République, au gouvernement après délibération en Conseil des ministres, à chacune des Chambres du Parlement sous certaines conditions, ainsi qu’à une fraction de 100 000 citoyens par voie de pétition.


Le même article prévoit ensuite une procédure parlementaire et, selon le cas, un référendum ou une adoption par le Congrès à la majorité qualifiée prévue par le texte.


Mais toutes les dispositions ne peuvent pas être révisées. L’article 220 protège notamment la forme républicaine de l’État, le suffrage universel, l’indépendance du pouvoir judiciaire, le pluralisme politique et syndical ainsi que le nombre et la durée des mandats du Président de la République.


Le texte constitutionnel publié par le Sénat reprend ces mécanismes aux articles 218 à 220.


Un débat qui divise profondément la classe politique


La tournée de l’ABIR démarre alors que la question constitutionnelle est devenue l’un des principaux sujets de confrontation politique en RDC.


Une partie de la majorité présidentielle soutient le principe d’un débat sur l’adaptation de certaines institutions et défend également l’avancement du cadre juridique relatif au référendum.


Le 22 septembre, l’UDPS et ses alliés avaient organisé une marche à Kinshasa pour soutenir les institutions, le Président de la République, le dialogue national et le processus référendaire. Augustin Kabuya avait affirmé à cette occasion son soutien à une évolution de la Constitution.


À l’opposé, plusieurs forces de l’opposition, notamment la Coalition Article 64, s’opposent à tout processus qu’elles soupçonnent de pouvoir conduire à une modification des règles relatives au mandat présidentiel.


Sur ce dernier point, l’article 220 constitue une donnée juridique centrale puisqu’il déclare expressément non révisables le nombre et la durée des mandats du Président de la République.


La justice transitionnelle, un autre axe défendu par Kalonji


Le discours d’Auguy Kalonji ne se limite toutefois pas à la seule architecture institutionnelle.


Depuis plusieurs mois, le député défend l’idée d’intégrer davantage la justice transitionnelle dans les mécanismes de sortie des crises qui affectent la RDC.


Son parti avait notamment lancé en février une campagne de pétition autour de cette question, soutenant qu’un éventuel dialogue politique ne devrait pas se limiter à un compromis entre responsables politiques mais également aborder la vérité, les responsabilités, les réparations et les garanties de non-répétition après les conflits.


C’est dans cette continuité que la justice transitionnelle a été intégrée au thème de la première étape de la tournée de dimanche.


Une dimension religieuse assumée


L’activité a également comporté une dimension religieuse avec la participation de l’Apôtre-Prophète Bolia Inzola Emmanuel et de l’Église BIMA.


Auguy Kalonji a relié son initiative à un appel du chef de l’État à placer le pays sous la protection de Dieu, selon l’interprétation qu’il en a donnée devant les participants.


Cette dimension spirituelle s’inscrit dans le thème même choisi par les organisateurs, qui associe les « justes », la paix, le patriotisme et la justice.


Elle ne change toutefois pas la nature politique et juridique du débat constitutionnel : toute modification institutionnelle doit passer par les procédures prévues par le droit congolais.


Un hommage aux victimes du crash de Kenge


La rencontre s’est également déroulée dans un contexte de deuil après le crash aérien de Kenge.


Une minute de silence a été observée en mémoire du lieutenant-général Joseph Mutombo Katalay Tiende, premier président de la Haute Cour militaire, et du lieutenant-général Lucien-René Likulia Bakumi, auditeur général près cette juridiction.


Les deux hauts magistrats militaires ont péri le 25 septembre dans l’accident de l’appareil qui les ramenait d’une mission de service à Kikwit.


Leur disparition a suscité de nombreux hommages au sein des institutions judiciaires, militaires et politiques.


Une tournée qui aura aussi valeur de test politique


Pour Auguy Kalonji et l’ABIR, le déplacement annoncé dans les provinces permettra également de mesurer la réception de leurs propositions en dehors de leur base politique de Kinshasa.


Une campagne nationale sur la Constitution ne se résumera pas au nombre de meetings organisés. Elle permettra surtout d’observer les arguments avancés, les articles que le parti souhaite voir évoluer et les réactions des différentes composantes de la société.


Cette précision sera importante dans un débat où les expressions « changement », « révision », « nouvelle Constitution » et « référendum » sont fréquemment employées sans toujours désigner exactement la même procédure.


Le site officiel de l’ABIR confirme que la formation est dirigée par Auguy Kalonji et se présente sous l’appellation « Action des Bâtisseurs Intègres pour la République ».


Le « Temple des Bâtisseurs » inauguré


La journée s’est achevée par une activité interne au parti.


Auguy Kalonji a inauguré au siège national de l’ABIR une salle destinée à la formation des cadres, baptisée « Temple des Bâtisseurs ».


Cette infrastructure doit, selon le parti, servir de cadre pour la formation politique et idéologique de ses membres.


L’ABIR avait déjà fait de la formation des cadres l’un des éléments de sa stratégie d’implantation et affirme vouloir construire progressivement des structures permanentes dans différentes provinces.


Après le lancement, le contenu précis sera attendu


Le lancement de Kinshasa donne donc une visibilité supplémentaire au courant favorable à une évolution constitutionnelle, sans régler les nombreuses questions qui accompagnent ce débat.


La principale sera celle du contenu. Quels articles Auguy Kalonji et l’ABIR veulent-ils changer ? Souhaitent-ils une révision dans le cadre de l’article 218 ou défendent-ils une approche différente ? Quelle place veulent-ils donner à la justice transitionnelle dans l’architecture constitutionnelle ?


Les réponses à ces questions permettront de déplacer le débat d’un affrontement entre slogans favorables ou hostiles au « changement » vers une confrontation plus précise entre propositions juridiques.


À mesure que la tournée annoncée progressera dans les provinces, l’ABIR sera donc attendu autant sur sa capacité de mobilisation que sur la précision du projet constitutionnel qu’il entend défendre.