Quatre jours après le crash aérien qui a endeuillé Kenge, les investigations franchissent une nouvelle étape. La boîte noire de l’appareil a été retrouvée sur le site de l’accident et acheminée à Kinshasa, où son exploitation doit contribuer à reconstituer le déroulement du vol avant l’impact.
L’information a été rapportée mardi 29 septembre par des sources présentes à Kenge. Jusqu’au lendemain du crash, cet équipement faisait encore partie des éléments activement recherchés par les équipes dépêchées sur place.
Sa récupération constitue une avancée importante, mais elle ne permet pas, à elle seule, de déterminer immédiatement la cause de l’accident. Les données qu’elle pourra fournir devront être analysées et confrontées aux autres éléments recueillis par les enquêteurs.
L’enquête change désormais de phase : après la sécurisation du site, la récupération des victimes et la collecte des éléments matériels, les investigations vont notamment porter sur les paramètres du vol, l’état technique de l’appareil, sa maintenance et les circonstances ayant conduit l’équipage jusqu’à Kenge.
La boîte noire retrouvée après plusieurs jours de recherches
Dans les premières heures suivant le crash, les autorités provinciales avaient indiqué que la boîte noire n’avait pas encore été localisée.
Le site avait alors été placé sous forte surveillance afin de préserver l’épave et tout élément susceptible d’être exploité dans le cadre des investigations.
Le Bureau permanent d’enquêtes d’accidents et incidents d’aviation (BPEA) avait dépêché ses enquêteurs à Kenge et demandé que rien ne soit déplacé ou prélevé sans nécessité liée aux opérations d’enquête.
Selon les dernières informations disponibles, l’équipement recherché a finalement été récupéré et ramené à Kinshasa depuis quelques jours.
L’enjeu consiste désormais à déterminer quelles données ont été conservées malgré la violence de l’impact et l’incendie qui a presque entièrement détruit l’appareil.
Comprendre les dernières minutes du vol
L’exploitation d’un enregistreur de vol peut permettre aux spécialistes de mieux comprendre le comportement d’un aéronef avant un accident.
Selon le type d’équipement installé, les enquêteurs peuvent notamment disposer d’informations relatives à différents paramètres techniques du vol ou, lorsque le dispositif le permet, à l’environnement sonore et aux échanges dans le cockpit.
Dans le cas de Kenge, les autorités n’ont pas encore précisé publiquement la nature exacte des données contenues dans l’équipement récupéré ni leur état de conservation.
Il serait donc prématuré d’annoncer que la boîte noire permettra à elle seule de résoudre toutes les interrogations entourant le crash.
Elle constitue plutôt une pièce supplémentaire dans un ensemble beaucoup plus vaste d’éléments à analyser.
Pourquoi l’avion s’est-il retrouvé au-dessus de Kenge ?
L’une des questions centrales de l’enquête concerne toujours les dernières minutes du trajet.
Le Let 410 revenait de Kikwit en direction de Kinshasa lorsqu’il s’est écrasé à Kenge dans des circonstances encore indéterminées.
Des témoignages recueillis sur place affirment que l’appareil aurait effectué plusieurs passages ou tours au-dessus de la ville, donnant l’impression que l’équipage cherchait un endroit où se poser.
Ces témoignages devront être confrontés aux données techniques et aux éventuelles communications aéronautiques. Ils ne permettent pas, à eux seuls, de déterminer si l’équipage faisait face à une panne, à une urgence particulière ou à une autre difficulté.
Le rôle des enquêteurs sera précisément de reconstituer cette séquence minute par minute.
Un Let 410 UVP exploité par Tracep Congo Aviation
L’aéronef impliqué dans l’accident était un Let 410 UVP immatriculé 9S-GUC et exploité par Tracep Congo Aviation.
L’appareil s’est écrasé le vendredi 25 septembre à Kenge, chef-lieu de la province du Kwango, alors qu’il revenait de Kikwit.
Les 17 personnes se trouvant à bord ont perdu la vie.
Parmi les victimes figurent notamment le lieutenant-général Joseph Mutombo Katalayi Tiende, premier président de la Haute Cour militaire, et le lieutenant-général Lucien-René Likulia Bakumi, auditeur général des FARDC près cette juridiction.
Les deux hauts magistrats militaires revenaient d’une mission de service à Kikwit avec d’autres membres de la délégation.
Les corps avaient été transférés à Kinshasa
La violence de l’incendie ayant suivi l’impact a considérablement compliqué le travail d’identification.
Selon les autorités provinciales, 16 des 17 victimes avaient été fortement calcinées. Les dépouilles récupérées sur le site ont ensuite été transférées à Kinshasa.
Parallèlement aux investigations techniques, des procédures d’identification ont donc dû être engagées.
Les recherches sur le lieu de l’accident se poursuivent encore. Selon des sources citées mardi, les équipes cherchent notamment certains téléphones portables appartenant aux occupants de l’appareil, susceptibles éventuellement d’apporter des informations complémentaires.
Le BPEA au centre de l’enquête technique
Les investigations aéronautiques sont conduites par le Bureau permanent d’enquêtes d’accidents et incidents d’aviation.
Son travail doit permettre de déterminer les circonstances de l’accident et d’identifier les facteurs qui y ont contribué.
Cette enquête ne se limite pas à l’examen de la boîte noire.
Les spécialistes devront notamment examiner les débris de l’avion, les systèmes et moteurs pouvant encore être expertisés, les documents techniques, le suivi de maintenance, la navigabilité de l’appareil, les conditions météorologiques et les informations liées à la conduite du vol.
Les témoignages recueillis à Kenge devront également être comparés aux données techniques afin d’établir une chronologie cohérente.
L’état technique de l’appareil également au centre des vérifications
Le ministère des Transports a parallèlement demandé des informations détaillées sur la situation technique de l’aéronef accidenté.
Le vice-Premier ministre Jean-Pierre Bemba a notamment sollicité auprès des services compétents des précisions concernant l’état du Let 410 et son dernier contrôle de navigabilité.
Cette démarche ne signifie pas qu’une défaillance technique soit déjà établie comme cause du crash.
Le contrôle de la maintenance et de la navigabilité fait partie des vérifications normales après un accident aérien majeur.
L’enquête devra déterminer si l’appareil remplissait les exigences nécessaires au moment de son dernier départ et si un éventuel problème technique s’est manifesté pendant le vol.
Tracep Congo Aviation suspendue en attendant les conclusions
Au lendemain de l’accident, le ministère des Transports a ordonné la suspension du Certificat de transporteur aérien de Tracep Congo Aviation.
Cette décision entraîne la suspension de l’exploitation des aéronefs de la compagnie sur l’ensemble du territoire de la République démocratique du Congo jusqu’à la fin des enquêtes du BPEA.
La mesure est conservatoire. Elle ne constitue pas, en elle-même, une conclusion établissant la responsabilité de la compagnie dans l’accident.
Les éventuelles responsabilités administratives, opérationnelles ou techniques ne pourront être déterminées qu’après l’analyse des différents éléments recueillis.
Une boîte noire n’est pas une conclusion d’enquête
La récupération de l’enregistreur risque naturellement de susciter de fortes attentes, particulièrement après les nombreuses interrogations apparues depuis le crash.
Mais en matière d’accident aérien, l’enquête repose généralement sur le croisement de plusieurs sources d’information.
Une donnée enregistrée peut expliquer un changement de trajectoire ou le fonctionnement d’un système sans nécessairement expliquer, à elle seule, pourquoi un événement s’est produit.
Les enquêteurs doivent donc éviter les conclusions précipitées et reconstruire progressivement la chaîne des événements : préparation du vol, départ de Kikwit, comportement de l’appareil en route, éventuels incidents signalés, arrivée au-dessus de Kenge et impact final.
Des interrogations nombreuses depuis le crash
Depuis le 25 septembre, plusieurs responsables politiques, proches des victimes et membres de l’opinion publique réclament des explications sur les circonstances du drame.
Des interrogations ont notamment été soulevées sur l’état de l’avion, l’organisation de la mission de la délégation militaire et judiciaire ainsi que sur les raisons ayant conduit l’appareil à tenter apparemment une manœuvre au-dessus de Kenge.
Ces questions peuvent orienter certaines vérifications, mais elles ne doivent pas être transformées en réponses avant la publication des résultats de l’enquête.
Aucun élément disponible ne permet notamment de conclure à ce stade à un sabotage, à un acte criminel ou à une cause technique précise.
La prochaine étape : exploiter et confronter les données
Le transfert de la boîte noire à Kinshasa ouvre donc une phase moins visible mais déterminante de l’enquête.
Les enquêteurs devront vérifier si ses données sont exploitables, les extraire, les interpréter puis les confronter aux constatations effectuées sur l’épave et aux documents techniques de l’appareil.
La qualité du rapport final dépendra également de la capacité à documenter la maintenance du Let 410, son historique récent, la préparation du vol et les décisions prises par l’équipage avant l’accident.
Pour les familles des 17 victimes, comme pour les institutions touchées par la disparition de deux hauts responsables de la justice militaire, la question centrale reste désormais la même : comprendre ce qui s’est réellement passé avant que l’appareil ne s’écrase à Kenge.
La boîte noire pourrait fournir une partie de cette réponse. L’enquête, elle, devra établir le reste.



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