Le crash aérien de Kenge provoque désormais des conséquences jusque dans les plus hautes instances de la justice congolaise. Au lendemain de l’accident, le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a convoqué samedi 26 septembre 2026 une réunion d’urgence à Kinshasa.


La rencontre a été présidée par Dieudonné Kamuleta Badibanga, président de la Cour constitutionnelle et du Conseil supérieur de la magistrature. Elle intervient après la disparition simultanée du lieutenant-général Joseph Mutombo Katalay Tiende, premier président de la Haute Cour militaire, et du lieutenant-général Lucien-René Likulia Bakumi, auditeur général près cette juridiction.


Les deux hauts magistrats militaires se trouvaient à bord de l’appareil qui s’est écrasé vendredi à Kenge, dans la province du Kwango, alors que la délégation revenait d’une mission de service effectuée à Kikwit.


Une double perte institutionnelle : Joseph Mutombo Katalay Tiende dirigeait la Haute Cour militaire tandis que Lucien-René Likulia Bakumi était à la tête du ministère public militaire auprès de cette juridiction. Leur disparition touche simultanément deux fonctions majeures du sommet de la justice militaire congolaise.


Une réunion consacrée à la situation et aux obsèques


Selon les informations communiquées à l’issue de la rencontre, les membres du Conseil supérieur de la magistrature ont d’abord examiné la situation créée par le décès des deux magistrats avant d’aborder les dispositions relatives à l’organisation de leurs obsèques.


À ce stade, le programme funéraire complet n’a pas encore été rendu public. Les modalités des hommages institutionnels, les lieux des cérémonies ainsi que les dates d’inhumation devront être précisées après concertation avec les familles et les institutions concernées.


La tenue d’une réunion d’urgence traduit néanmoins l’importance des fonctions qu’occupaient les deux victimes au sein de l’appareil judiciaire militaire.


Deux fonctions différentes au sommet de la justice militaire


Joseph Mutombo Katalay Tiende était premier président de la Haute Cour militaire. À ce titre, il dirigeait la plus haute juridiction militaire du pays et intervenait dans le fonctionnement de plusieurs procédures concernant notamment des officiers supérieurs et généraux.


Lucien-René Likulia Bakumi occupait pour sa part les fonctions d’auditeur général près la Haute Cour militaire. Il dirigeait ainsi le parquet général militaire et représentait le ministère public dans les procédures relevant de cette juridiction.


Les deux fonctions étaient donc complémentaires mais juridiquement distinctes : l’un se trouvait à la tête de la juridiction appelée à juger, l’autre dirigeait l’organe chargé des poursuites et des réquisitions.


La disparition simultanée des deux responsables crée par conséquent une situation institutionnelle inhabituelle qui devra être gérée dans le respect des mécanismes de remplacement et de continuité prévus par l’organisation judiciaire militaire.


Joseph Mutombo occupait aussi une fonction au sein du CSM


Le décès de Joseph Mutombo Katalay touche directement le Conseil supérieur de la magistrature lui-même.


Un document officiel du CSM relatif à sa composition le présentait également comme deuxième secrétaire rapporteur de l’institution, parallèlement à sa fonction de premier président de la Haute Cour militaire.


Cette double responsabilité explique en partie la mobilisation rapide de l’organe de gestion du pouvoir judiciaire après l’annonce de sa disparition.


Le Conseil supérieur de la magistrature regroupe notamment les responsables des principales juridictions et parquets civils et militaires du pays et intervient dans la gestion de la carrière des magistrats ainsi que dans l’organisation du pouvoir judiciaire.


Les causes du crash toujours inconnues


Si le CSM s’occupe désormais des conséquences humaines et institutionnelles du drame, la question des causes de l’accident reste entre les mains des enquêteurs.


Jean-Paul Mukolo Nkokesha, procureur général près le Conseil d’État, a indiqué que les investigations se poursuivaient afin d’établir les circonstances du crash et de permettre l’identification formelle des corps.


Les FARDC ont également annoncé l’ouverture d’investigations sur les circonstances et les causes exactes de l’accident.


L’appareil s’était écrasé vendredi 25 septembre à Kenge alors qu’il revenait de Kikwit vers Kinshasa. Selon les premières informations des autorités locales, l’équipage aurait rencontré des difficultés avant de chercher une possibilité d’atterrissage dans la zone.


Aucune hypothèse technique ne peut cependant être considérée comme établie avant les conclusions des investigations. Les premiers témoignages sur les dernières minutes du vol devront être confrontés aux constatations réalisées sur l’épave, aux documents de l’appareil et aux autres éléments techniques disponibles.


Une délégation qui revenait d’une mission de service


Les FARDC ont confirmé que Joseph Mutombo Katalay et Lucien-René Likulia revenaient d’une mission effectuée à Kikwit, dans la province du Kwilu.


Plusieurs autres membres de la délégation ainsi que des membres de l’équipage ont également péri dans l’accident. L’identification et la consolidation définitive de la liste des victimes ont nécessité des vérifications en raison de l’incendie ayant suivi le crash.


Radio Okapi a rapporté la confirmation officielle des FARDC concernant la disparition des deux hauts magistrats et l’ouverture des investigations.


Le CSM se rend auprès des familles


Après la réunion d’urgence, les membres du Conseil supérieur de la magistrature ont quitté leur siège pour se rendre auprès des familles des deux disparus.


Une première délégation s’est rendue à Gombe, avant de poursuivre à Lingwala, afin de présenter les condoléances de l’institution et de témoigner son soutien aux proches.


Cette démarche intervient alors que plusieurs institutions de la République ont commencé à rendre hommage aux deux magistrats.


Le ministre d’État, ministre de la Justice et garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, a notamment salué leur mémoire, présentant leur disparition comme une perte importante pour la justice congolaise.


La continuité de la Haute Cour militaire devient un enjeu immédiat


Au-delà des cérémonies funéraires, le décès simultané du premier président de la Haute Cour militaire et de l’auditeur général soulève inévitablement la question de la continuité du fonctionnement de cette juridiction.


Plusieurs dossiers judiciaires importants étaient en cours devant la Haute Cour militaire au moment du crash.


L’enjeu sera donc de déterminer comment les mécanismes de suppléance prévus par les textes permettront d’assurer la continuité des audiences, du fonctionnement administratif de la juridiction et de l’action du ministère public.


Cette question devra être distinguée de celle des nominations définitives à la tête des deux institutions, qui relève des procédures constitutionnelles et légales applicables à la magistrature.


Une justice militaire appelée à absorber un choc institutionnel


La disparition de deux hauts magistrats dans un même accident crée une situation rare pour l’appareil judiciaire militaire.


Il ne s’agit pas uniquement de remplacer deux responsables administratifs. Joseph Mutombo Katalay et Lucien-René Likulia occupaient chacun une position déterminante dans la conduite des affaires relevant de la Haute Cour militaire.


La continuité institutionnelle exigera donc à la fois le respect des règles de suppléance, la poursuite des procédures déjà engagées et la préservation des droits des différentes parties dans les dossiers en cours.


Le Conseil supérieur de la magistrature se trouve ainsi confronté à deux impératifs parallèles : accompagner le deuil de la magistrature et veiller à ce que la disparition brutale de deux de ses responsables n’interrompe pas le fonctionnement de la justice militaire.


Des réponses attendues sur le crash comme sur les suites institutionnelles


Dans les prochains jours, deux séries de réponses seront particulièrement attendues.


La première concerne l’accident lui-même : identification complète des victimes, circonstances des dernières minutes du vol et conclusions de l’enquête sur les causes du crash.


La seconde sera institutionnelle : programme officiel des obsèques, organisation de la suppléance à la Haute Cour militaire et à l’Auditorat général, puis procédures qui conduiront ultérieurement à la désignation de nouveaux responsables.


En convoquant sa réunion d’urgence dès le lendemain du drame, le Conseil supérieur de la magistrature a ouvert cette phase de gestion institutionnelle. Elle devra désormais permettre à la justice militaire de rendre hommage aux disparus tout en assurant la continuité de ses missions.