Corneille Nangaa ne veut pas confondre les deux tables de discussion. Alors que Kinshasa avance dans la préparation du Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État, le coordonnateur politique de l’AFC/M23 affirme que son mouvement entend rester dans le cadre des négociations de Doha.


Il s’est exprimé vendredi 25 septembre 2026 à Kanombe, dans le territoire de Rutshuru, à l’occasion de la clôture d’une formation idéologique organisée pour plusieurs centaines de cadres politiques de son mouvement.


Devant ses responsables, Nangaa a réaffirmé la participation de l’AFC/M23 aux discussions avec le gouvernement congolais sous la médiation du Qatar. Il a en revanche rejeté le processus de Dialogue national conduit depuis Kinshasa.


Deux cadres à ne pas confondre : le processus de Doha met directement face à face le gouvernement congolais et l’AFC/M23 autour du conflit dans l’Est. Le Dialogue national lancé par Félix Tshisekedi porte, lui, sur la cohésion politique et institutionnelle du pays et exclut de sa composante politique les acteurs engagés dans une lutte armée contre l’ordre constitutionnel.


Nangaa maintient son choix de Doha


Le responsable de l’AFC/M23 a présenté les discussions de Doha comme le cadre dans lequel son mouvement entend poursuivre les négociations avec Kinshasa.


À ses côtés se trouvait notamment Benjamin Mbonimpa, secrétaire exécutif de l’AFC/M23 et membre régulièrement impliqué dans les délégations envoyées aux négociations.


Nangaa a assuré que son mouvement respectait son engagement dans ce processus et qu’il attendait la poursuite des discussions avec la partie gouvernementale.


Il a parallèlement accusé le pouvoir de Félix Tshisekedi de chercher à gagner du temps et de préparer de nouvelles opérations militaires contre l’AFC/M23. Ces affirmations relèvent de la position du mouvement et ne constituent pas des faits établis indépendamment.


Les deux parties se sont régulièrement accusées, ces derniers mois, de violations du cessez-le-feu et de retards dans l’exécution de leurs engagements.


Le Dialogue national de Kinshasa explicitement rejeté


Sur le Dialogue national lancé par le président de la République, le ton de Corneille Nangaa a été beaucoup plus tranché.


Il a indiqué que l’AFC/M23 ne se sentait pas concernée par ce processus et entendait privilégier exclusivement les discussions engagées avec Kinshasa à Doha.


Cette position clarifie un point qui alimente le débat politique congolais depuis plusieurs semaines : l’AFC/M23 réclame-t-elle sa participation au Dialogue national organisé à l’intérieur du pays ? Les propos de Nangaa montrent qu’à ce stade, sa priorité revendiquée reste le cadre négocié sous médiation qatarie.


Ce choix ne signifie donc pas que le mouvement rejette toute négociation avec le gouvernement congolais. Il rejette plutôt le cadre politique national défini par la présidence et maintient sa préférence pour un processus dans lequel il est déjà reconnu comme partie aux négociations.


Kinshasa avait déjà séparé les deux processus


Cette distinction correspond, sur un point au moins, à l’architecture défendue par Félix Tshisekedi.


Lors du lancement du Dialogue national à la fin du mois d’août, le chef de l’État avait annoncé que ne pourraient pas y participer, en qualité de composantes politiques, les acteurs qui combattent par les armes l’ordre constitutionnel, occupent une partie du territoire par la force ou administrent illégalement des entités de la République.


Cette disposition écarte de fait l’AFC/M23 du Dialogue national dans le format présenté par la présidence.


Kinshasa considère que les questions directement liées à l’AFC/M23 doivent continuer à être traitées dans le processus de Doha, tandis que le contentieux interétatique entre la RDC et le Rwanda est abordé dans le cadre de Washington.


Le Dialogue national est, pour sa part, présenté comme un processus interne consacré à la paix, à la cohésion nationale et à la refondation de l’État.


Un Dialogue national qui ne doit pas dépasser trois mois


Félix Tshisekedi a officiellement lancé le processus le 28 août. Le schéma annoncé prévoit d’abord des consultations dans les 26 provinces avant la tenue des assises nationales à Kinshasa.


La présidence souhaite que le processus ne dépasse pas trois mois et qu’il débouche sur un « Pacte national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État » accompagné de mécanismes de mise en œuvre.


Le président a également affirmé que le Dialogue ne devait pas devenir un cadre de partage des postes ou de repositionnement politique.


La Présidence présente officiellement ce processus comme distinct des négociations consacrées au conflit armé dans l’Est.


Le format reste contesté par une partie de l’opposition


L’exclusion de l’AFC/M23 ne fait toutefois pas consensus au sein de la classe politique congolaise.


Plusieurs opposants estiment qu’un dialogue destiné à traiter durablement la crise nationale devrait intégrer l’ensemble des protagonistes, y compris ceux impliqués dans le conflit armé.


Martin Fayulu a notamment interrogé la cohérence consistant, selon lui, à négocier avec l’AFC/M23 à Doha tout en l’écartant d’un dialogue consacré à la crise nationale.


D’autres formations d’opposition réclament également un cadre différent, une médiation considérée comme plus indépendante ou un rôle accru des confessions religieuses.


La présidence défend au contraire la séparation des dossiers : une négociation sécuritaire avec les groupes armés ne devrait pas, selon cette approche, leur conférer automatiquement le statut de composante politique du Dialogue national.


Doha dispose déjà d’un cadre formalisé


Le choix de Nangaa de privilégier Doha s’appuie sur un processus qui ne se limite plus à des contacts exploratoires.


Le gouvernement congolais et l’AFC/M23 ont signé le 15 novembre 2025 un cadre de Doha pour un accord de paix, après une Déclaration de principes conclue quelques mois auparavant.


Le processus comprend notamment des engagements relatifs au cessez-le-feu, à l’accès humanitaire, à la libération de prisonniers, aux mécanismes de vérification et à la négociation de protocoles destinés à traiter les causes du conflit.


En février 2026, les deux parties ont renouvelé officiellement leur engagement envers ce cadre et le mécanisme de suivi du cessez-le-feu.


Une nouvelle séquence de négociations organisée en août, avec l’appui du Qatar, des États-Unis, du Togo, de l’Union africaine et de la Suisse, a abouti à l’élaboration d’une feuille de route destinée à poursuivre les négociations sur les protocoles restant à conclure.


Le Qatar a confirmé le 22 août que Kinshasa et l’AFC/M23 avaient réaffirmé leur engagement à poursuivre les négociations dans le cadre existant de Doha.


Le véritable désaccord porte désormais sur la nature du dialogue


Les positions exprimées par Kinshasa et Corneille Nangaa produisent une situation particulière : les deux parties reconnaissent Doha comme cadre de leurs discussions directes, mais elles divergent profondément sur la lecture politique de la crise et sur le rôle que l’AFC/M23 pourrait éventuellement jouer dans un règlement national plus large.


Pour la présidence, le Dialogue national ne doit pas transformer des acteurs armés en composantes politiques ordinaires tant qu’ils restent engagés dans les hostilités.


Pour Nangaa, le cadre de Kinshasa n’offre pas les garanties politiques qu’il recherche et son mouvement entend donc continuer à négocier sous médiation extérieure.


À ce stade, il n’existe donc pas de convergence sur un dialogue unique réunissant autour d’une même table le pouvoir, l’opposition non armée et l’AFC/M23.


Doha reste confronté au test du terrain


Le maintien du processus diplomatique ne signifie toutefois pas que la situation militaire soit stabilisée.


Des affrontements continuent d’être signalés sur plusieurs fronts du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, notamment dans les territoires de Masisi et Walikale.


Cette persistance des hostilités constitue l’un des principaux tests pour la crédibilité du processus de Doha : les mécanismes de cessez-le-feu et de vérification devront démontrer leur capacité à établir les responsabilités lorsque des incidents surviennent.


Les déclarations de Nangaa interviennent précisément dans ce contexte paradoxal, où son mouvement affirme poursuivre une solution négociée tout en restant engagé militairement contre les forces gouvernementales.


Deux processus parallèles, deux enjeux différents


La sortie de Corneille Nangaa ne met donc pas fin au dialogue entre l’AFC/M23 et Kinshasa. Elle confirme plutôt la fragmentation du règlement de la crise congolaise entre plusieurs cadres.


Le Dialogue national voulu par Félix Tshisekedi doit traiter les questions politiques et institutionnelles internes avec les composantes admises à y participer. Doha reste la table de négociation entre le gouvernement et l’AFC/M23. Washington traite principalement des engagements entre la RDC et le Rwanda.


L’enjeu sera désormais de savoir si ces processus, conduits séparément, peuvent produire des résultats compatibles et converger vers une désescalade durable.


Pour l’instant, Corneille Nangaa a fait son choix : il ne demande pas à entrer dans le Dialogue national organisé par Kinshasa et affirme attendre l’aboutissement des négociations de Doha.