Dans l’Est de la République démocratique du Congo, la crise sécuritaire continue de produire des conséquences qui dépassent largement les lignes de front. Autour de Minembwe et dans plusieurs zones des Hauts et Moyens Plateaux du Sud-Kivu, les affrontements récents ont accentué les déplacements de population et perturbé des services essentiels. Dans le même temps, de nouvelles investigations d’Amnesty International mettent en lumière les conditions dans lesquelles travaillent des mineurs artisanaux dans des zones contrôlées par le M23.


Ces deux situations se déroulent dans des espaces distincts et ne doivent pas être confondues. Elles renvoient cependant à une même réalité : les civils continuent de supporter une part importante du coût humain, économique et social de la guerre qui se prolonge dans l’Est du pays.


Des milliers de déplacés dans les Hauts et Moyens Plateaux


Dans le territoire de Fizi, la société civile a récemment alerté sur la détérioration des conditions humanitaires provoquée par les affrontements. Elle affirme avoir recensé 41 952 personnes déplacées, regroupées en 8 618 ménages, dans plusieurs villages des Hauts et Moyens Plateaux.


Ces chiffres ne concernent pas exclusivement Minembwe. Ils couvrent une zone plus large comprenant notamment des localités comme Nakiele, Kilumbi, Kanguli, Point Zéro, Kitasha, Mikenge et d’autres villages affectés par les mouvements de population.


Selon cette structure locale, une partie des déplacés manque d’un accès suffisant à la nourriture, à l’eau potable, aux soins de santé, aux abris et aux moyens de communication.


L’insécurité a également entraîné, dans certaines zones, la suspension ou la réduction des activités humanitaires, médicales, scolaires et commerciales.


Une précision importante : les quelque 42 000 déplacés recensés par la société civile concernent plusieurs zones des Hauts et Moyens Plateaux de Fizi. Ce chiffre ne peut donc pas être présenté comme la population déplacée de Minembwe uniquement.


Les combats se rapprochent régulièrement de Minembwe


La situation reste particulièrement volatile dans les environs de Minembwe. Ces derniers jours, des affrontements ont été signalés à Natulonge, Kabindo, Biziba, Irumba ainsi qu’au Point Zéro, entre différentes forces et groupes armés engagés dans le conflit.


Les sources locales font régulièrement état de déplacements de civils lorsque les lignes de confrontation changent ou lorsque les tirs se rapprochent des zones habitées.


Cette mobilité du front complique également le travail des organisations humanitaires. Dans certaines localités, l’accès devient difficile ou trop dangereux pour maintenir les activités habituelles.


Les populations affectées peuvent ainsi se retrouver confrontées à une double vulnérabilité : fuir les combats tout en perdant temporairement l’accès aux services sanitaires, scolaires ou humanitaires disponibles dans leurs villages d’origine.


Un mécanisme de cessez-le-feu déjà passé par Minembwe


Cette situation persiste alors que Minembwe a été choisie pour accueillir, les 24 et 25 août, la première mission de terrain du Mécanisme conjoint de vérification élargi Plus, le MCVE+.


Le dispositif s’inscrit dans le processus de Doha entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23. Il doit notamment permettre de documenter les incidents, vérifier les accusations de violation du cessez-le-feu et contribuer à réduire les désaccords factuels entre les parties.


La Conférence internationale sur la région des Grands Lacs a salué cette première mission et annoncé que d’autres opérations de vérification devraient être organisées régulièrement dans les zones touchées par le conflit.


La poursuite des affrontements dans les Hauts Plateaux montre toutefois que le déploiement du mécanisme ne signifie pas encore l’arrêt effectif des hostilités sur tous les fronts.


Dans les mines, Amnesty documente une autre forme de violence


À cette crise humanitaire s’ajoute un autre dossier documenté cette semaine par Amnesty International : le traitement des mineurs artisanaux dans des sites sous contrôle du M23.


Dans une note de recherche publiée le 21 septembre et intitulée « On n’est pas là pour jouer », l’organisation affirme avoir documenté des exécutions sommaires, des actes de torture et de mauvais traitements, des détentions arbitraires, du travail forcé, du recrutement forcé ainsi que des pillages.


Les recherches portent principalement sur deux sites : la zone minière de coltan de Rubaya, dans le territoire de Masisi au Nord-Kivu, et la mine d’or de Lomera, dans le territoire de Kabare au Sud-Kivu.


Amnesty indique avoir interrogé 26 personnes, dont des mineurs artisanaux, des spécialistes du secteur minier, des propriétaires de puits et des proches de victimes. L’organisation affirme également avoir analysé des photographies et des vidéos provenant des sites concernés.


Dix-huit mineurs auraient été exécutés sommairement


Parmi les faits les plus graves rapportés, Amnesty International affirme avoir documenté l’exécution sommaire de 18 mineurs artisanaux à Rubaya et Lomera.


Selon les témoignages recueillis par l’organisation, certains auraient été battus à mort, d’autres tués par balle ou enlevés avant que leurs corps ne soient retrouvés.


Des mineurs ont également décrit des périodes de travail imposé sans rémunération et des violences physiques dans les puits. Dans un témoignage publié séparément, un mineur raconte avoir subi des coups répétés et avoir été maintenu pendant de longues périodes sous terre.


Amnesty estime que certaines des violations qu’elle a documentées pourraient constituer des crimes de guerre. Cette qualification demeure celle de l’organisation au regard des éléments recueillis ; l’établissement d’une responsabilité pénale individuelle relève de mécanismes judiciaires compétents.


Le contrôle des minerais également au centre du rapport


Le rapport ne s’arrête pas aux violences physiques. Amnesty affirme également que l’exploitation des mines de Rubaya et Lomera est liée à des circuits de trafic de coltan et d’or vers le Rwanda.


L’organisation décrit le M23 comme un groupe soutenu par le Rwanda et affirme avoir recueilli des témoignages faisant état de la présence de ressortissants rwandais sur certains sites miniers.


Amnesty considère que le pillage présumé des ressources pourrait, dans certaines circonstances, relever également du droit international humanitaire.


Ni le M23 ni les autorités rwandaises n’avaient répondu aux demandes de commentaires d’Amnesty International avant la publication de son rapport. Leurs positions sur les conclusions précises de cette enquête n’étaient donc pas intégrées au document.


Des dizaines de mines artisanales concernées par le conflit


Selon Amnesty, le M23 contrôle des dizaines de mines artisanales au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, dont dépendent économiquement des dizaines de milliers de personnes.


Cette réalité rend la situation particulièrement complexe. Pour de nombreuses familles, quitter les zones minières signifie perdre leur principale source de revenus. Y rester peut, en revanche, exposer les travailleurs aux règles imposées par les groupes contrôlant les sites.


Amnesty demande notamment que les observateurs internationaux des droits humains et les organisations indépendantes de contrôle puissent accéder librement aux zones minières concernées.


L’organisation appelle également les États-Unis et les pays de l’Union européenne à ne pas conclure d’accords concernant Rubaya ou d’autres mines contrôlées par le M23 tant qu’un contrôle international indépendant n’y est pas possible.


Une crise civile aux multiples visages


La situation humanitaire autour de Minembwe et les abus documentés dans les mines ne constituent donc pas un seul et même dossier géographique. Ils montrent plutôt différentes conséquences du même environnement de guerre.


Dans les Hauts Plateaux, les préoccupations immédiates concernent notamment la protection des civils, les déplacements, l’accès à l’eau, à la nourriture et aux soins ainsi que le retour des acteurs humanitaires.


Dans les zones minières, la protection des travailleurs, la prévention du travail forcé, le contrôle de l’exploitation des ressources et la traçabilité des minerais deviennent des enjeux supplémentaires.


Dans les deux cas, la stabilisation ne dépend pas uniquement de l’évolution militaire. Elle suppose également un accès humanitaire sécurisé, une surveillance indépendante des violations, des mécanismes de responsabilité et l’application effective des engagements de cessez-le-feu.


Entre négociations et réalité du terrain


La première mission du MCVE+ à Minembwe constitue un instrument destiné à réduire les contestations autour des violations du cessez-le-feu. Mais les combats récents montrent que la situation reste fragile.


Pour les populations, la question essentielle demeure celle de l’impact concret de ces processus : possibilité de rentrer chez elles sans danger, réouverture des écoles et centres de santé, retour de l’aide humanitaire et réduction des violences contre les civils.


Le nouveau rapport d’Amnesty rappelle parallèlement que la guerre se joue aussi autour des ressources naturelles et des personnes qui les extraient.


À Minembwe comme dans les zones minières de Rubaya et Lomera, les prochaines semaines permettront donc de mesurer si les mécanismes diplomatiques, humanitaires et de surveillance sont capables de produire des améliorations visibles pour les populations directement exposées au conflit.