Willy Mishiki hausse encore le ton sur l’évolution de la guerre dans l’Est de la République démocratique du Congo. Après avoir récemment affirmé que les forces gouvernementales et les Wazalendo avaient fortement progressé en direction de Goma, le député national évoque désormais ouvertement une reconquête des deux principales villes actuellement contrôlées par l’AFC/M23 avant la fin de l’année.
« Nous célébrerons les prochaines fêtes de fin d'année, Noël et la Saint-Sylvestre, à Bukavu et à Goma. Le président Donald Trump, qui est mieux renseigné, sait ce que nous faisons », affirme Willy Mishiki.
La déclaration constitue une projection politique et militaire particulièrement ambitieuse. Elle ne correspond toutefois pas, à ce stade, à un calendrier de reconquête officiellement annoncé par l’état-major des Forces armées de la République démocratique du Congo.
À distinguer : Willy Mishiki exprime sa propre appréciation de l’évolution du front. Ni la reprise de Goma et Bukavu avant les fêtes de fin d’année, ni un calendrier militaire correspondant n’ont été officiellement annoncés par les FARDC.
Goma et Bukavu restent sous contrôle de l’AFC/M23
À la fin du mois de septembre 2026, Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, et Bukavu, chef-lieu du Sud-Kivu, restent administrées dans les zones contrôlées par l’AFC/M23.
Cette réalité est notamment visible dans plusieurs décisions récentes du gouvernement congolais. En août, Kinshasa a suspendu jusqu’à nouvel ordre les activités académiques dans plusieurs établissements publics d’enseignement supérieur situés dans les deux villes, invoquant leur présence dans une zone contrôlée par l’AFC/M23.
La déclaration de Willy Mishiki doit donc être comprise comme l’annonce d’un objectif qu’il estime atteignable et non comme le constat d’un changement de contrôle déjà intervenu.
Mishiki multiplie depuis plusieurs jours les annonces sur le front
Cette sortie s’inscrit dans une série de déclarations faites récemment par l’élu de Walikale sur la situation militaire au Nord-Kivu.
Le 21 septembre, il avait affirmé que les Wazalendo, appuyés par les FARDC, se trouvaient à une douzaine de kilomètres de Goma après une progression qui aurait commencé autour de Remeka.
Il avait également évoqué des avancées vers Ngungu, Rubaya et d’autres localités du Masisi.
Ces affirmations avaient rapidement suscité des réserves. La communication officielle des FARDC publiée dans la même période confirmait la poursuite des combats sur l’axe Walikale-Masisi, mais ne confirmait ni la présence des Wazalendo à 12 kilomètres de Goma ni l’ensemble des localités que Willy Mishiki disait avoir été reprises.
Des combats sont effectivement signalés sur plusieurs axes
Si le calendrier évoqué par Willy Mishiki n’est pas confirmé, la reprise des combats sur plusieurs fronts est, elle, documentée.
Ces derniers jours, des affrontements ont été signalés dans les territoires de Masisi et de Walikale, notamment autour de Remeka, de Mindjendje et sur plusieurs hauteurs disputées entre l’AFC/M23 et les FARDC appuyées par les Wazalendo.
Les FARDC ont de leur côté affirmé qu’elles continuaient d’observer le cessez-le-feu tout en accusant l’AFC/M23 de multiplier les attaques sur l’axe Walikale-Masisi. L’AFC/M23 formule régulièrement des accusations inverses concernant la responsabilité des hostilités.
Cette situation rend les lignes de front particulièrement mouvantes et complique toute projection fiable sur l’évolution territoriale des prochaines semaines.
« Donald Trump sait ce que nous faisons »
La référence faite par Willy Mishiki au président américain Donald Trump ajoute une dimension diplomatique à sa déclaration.
En affirmant que le président américain serait « mieux renseigné » et saurait « ce que nous faisons », le député laisse entendre que Washington disposerait d’informations sur les opérations en cours.
Aucun élément public ne permet cependant de conclure, à partir de cette seule déclaration, que l’administration américaine soutient une opération visant à reprendre militairement Goma ou Bukavu, ni qu’elle aurait validé le calendrier évoqué par Willy Mishiki.
Les États-Unis sont directement impliqués dans les efforts diplomatiques concernant l’Est de la RDC, notamment à travers le processus de Washington entre Kinshasa et Kigali. Ils soutiennent également la complémentarité avec les négociations de Doha entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23.
La diplomatie américaine met officiellement l’accent sur l’exécution des engagements de paix, le respect du cessez-le-feu et la désescalade.
Une déclaration qui intervient en plein processus de paix
L’annonce de Willy Mishiki intervient donc dans un contexte paradoxal.
D’un côté, les négociations diplomatiques se poursuivent afin de parvenir à une cessation durable des hostilités. De l’autre, les affrontements continuent sur plusieurs axes et certains responsables proches des Wazalendo évoquent publiquement la poursuite des opérations militaires.
Cette coexistence entre négociations et combats constitue l’une des principales fragilités des processus actuellement engagés.
À Doha, Kinshasa et l’AFC/M23 disposent d’un cadre de négociation propre. Le processus de Washington porte principalement sur les engagements entre la RDC et le Rwanda.
Sur le terrain, cependant, chaque modification des positions peut avoir des conséquences directes sur la dynamique des discussions.
La reconquête de deux grandes villes serait une opération d’une autre ampleur
Évoquer une progression dans des zones rurales du Masisi ou de Walikale et annoncer une reprise de Goma et Bukavu relèvent de deux niveaux militaires différents.
Les deux capitales provinciales concentrent d’importantes populations civiles, des infrastructures essentielles, des hôpitaux, des écoles, des marchés et des installations stratégiques.
Toute offensive majeure autour de ces agglomérations comporterait donc des risques considérables pour les civils.
Les conséquences humanitaires potentielles rendent particulièrement nécessaire la prudence lorsqu’un responsable politique évoque publiquement un calendrier de reprise militaire de grandes villes.
Pas de confirmation officielle d’une offensive sur Goma et Bukavu
Dans sa communication récente, l’armée congolaise s’est principalement exprimée sur les affrontements et les attaques qu’elle dit subir sur l’axe Walikale-Masisi.
Elle n’a pas annoncé le lancement d’une opération destinée à prendre Goma ou Bukavu avant décembre, ni confirmé publiquement la déclaration selon laquelle les forces alliées seraient prêtes à lancer un assaut sur les deux villes.
Il convient donc de distinguer les informations militaires officiellement communiquées des déclarations politiques de Willy Mishiki.
Cette distinction restera essentielle dans les prochaines semaines, alors que les informations concernant les lignes de front sont parfois contradictoires et difficiles à vérifier indépendamment.
Une promesse désormais confrontée aux faits
En évoquant Noël et la Saint-Sylvestre à Goma et Bukavu, Willy Mishiki donne lui-même une échéance particulièrement précise à son discours.
Mais l’évolution d’un conflit armé ne peut être établie sur la seule base d’une déclaration politique. Elle dépend des développements militaires, des négociations diplomatiques, des mécanismes de cessez-le-feu et des décisions prises par les différents acteurs.
Pour l’heure, la situation vérifiable reste celle d’un front actif et instable dans plusieurs parties du Nord-Kivu, tandis que Goma et Bukavu demeurent sous contrôle de l’AFC/M23.
La déclaration de Willy Mishiki témoigne donc d’une forte confiance affichée dans les capacités des forces gouvernementales et des Wazalendo. Sa concrétisation, elle, reste entièrement à démontrer sur le terrain.



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