La situation sécuritaire demeure préoccupante dans le territoire de Djugu, en province de l’Ituri. Après plusieurs jours marqués par des affrontements entre groupes armés, des attaques contre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et de nouveaux déplacements de population, l’armée congolaise accuse la Convention pour la révolution populaire (CRP) de poursuivre ses activités armées malgré le cessez-le-feu unilatéral annoncé par ce mouvement en mai 2026.


Dans un communiqué rendu public mardi 29 septembre à Bunia, le secteur opérationnel de l’Ituri attribue à la CRP de Thomas Lubanga plusieurs actes commis dans différentes localités du territoire de Djugu. Les FARDC évoquent notamment des assassinats ciblés, des enlèvements, des attaques contre leurs unités ainsi que des embuscades visant des militaires et des civils.


Plusieurs localités citées par l’armée


Selon le communiqué militaire rapporté par des médias locaux, les incidents dénoncés auraient notamment été enregistrés à Bini, Passio-Mabanga, Dimo, Ngunkle, Nyampala, Ndjala et Lihko.


L’armée fait également état d’embuscades sur plusieurs axes routiers, parmi lesquels Liri-Fataki, Fataki-Bule, Nizi-Mabanga et Lopa-Iga Barrière.


Dans sa communication, le secteur opérationnel présente la rébellion comme la « CRP/M23 de Thomas Lubanga ». Cette appellation et l’existence d’un lien opérationnel actuel entre la CRP et le M23 constituent toutefois une position des FARDC et ne doivent pas être présentées comme un fait indépendamment établi sur la seule base de ce communiqué.


Le rapport final 2026 du Groupe d’experts des Nations unies sur la RDC documente néanmoins des connexions antérieures entre certains acteurs de la CRP et d’anciens combattants du M23. Il indique notamment que des recrutements d’anciens membres du M23 ont été signalés dans les réseaux associés à la CRP. Le rapport décrit par ailleurs cette dernière comme l’un des principaux facteurs d’insécurité en Ituri.


Un cessez-le-feu fragilisé depuis plusieurs mois


La CRP avait annoncé le 14 mai 2026 un cessez-le-feu unilatéral destiné à favoriser des discussions avec le gouvernement congolais. Cette accalmie a toutefois été régulièrement interrompue par des incidents armés.


Radio Okapi avait déjà rapporté en mai puis en août des affrontements entre les FARDC et des combattants de la CRP à Djugu. Le Baromètre sécuritaire du Kivu, cité par l’institut Ebuteli, a également constaté une reprise des affrontements entre les deux parties à partir du mois d’août, après une période de baisse de l’activité armée de la CRP.


Les événements enregistrés fin septembre témoignent d’une nouvelle aggravation. Des combats ont notamment été signalés autour de Nyampala, Rhoo et Gina, tandis que plusieurs milliers de personnes ont cherché refuge auprès des positions de la MONUSCO.


Les civils de nouveau au cœur des violences


Plus de 3 100 civils, dont de nombreuses femmes et des enfants, ont cherché protection auprès de la MONUSCO à Rhoo après les affrontements du 27 septembre, selon des informations attribuées à la mission onusienne. Des blessés ont également reçu des soins d’urgence auprès des Casques bleus.


Parallèlement, la société civile de la chefferie de Bahema Nord a fait état de quatorze civils tués entre le 27 et le 29 septembre. Ces décès ont été attribués par les responsables locaux à des éléments présumés de la CODECO. Ce bilan, distinct des accusations formulées par les FARDC contre la CRP, illustre la multiplicité des groupes armés impliqués dans l’insécurité à Djugu.


La dégradation sécuritaire à Djugu ne peut donc être attribuée à un seul acteur sur la base des informations actuellement disponibles. Les FARDC mettent principalement en cause la CRP dans leur communiqué du 29 septembre, tandis que d’autres attaques récentes contre les civils sont attribuées par la société civile locale à la CODECO.

Une situation toujours volatile


Les Nations unies ont déjà documenté les conséquences humanitaires des affrontements entre la CRP et les FARDC à Djugu, notamment les déplacements massifs de population et les attaques contre des civils.


Le rapport du Groupe d’experts publié en juin 2026 indiquait que la CRP avait multiplié les attaques contre les FARDC dans le territoire de Djugu depuis août 2025, tandis que l’armée avait répondu par des opérations utilisant notamment des armes lourdes et des frappes aériennes.


À ce stade, aucun bilan consolidé et indépendant de l’ensemble des violences enregistrées ces derniers jours à Djugu n’est disponible. Les responsabilités dans chaque incident doivent donc être établies séparément, alors que les FARDC appellent la population à la vigilance et que les acteurs locaux réclament une meilleure protection des civils.