Le gouvernement congolais veut progressivement conjuguer assistance d’urgence et solutions durables pour les populations déplacées de l’Est de la République démocratique du Congo. À Djaïba, dans le territoire de Djugu, en Ituri, la ministre d’État aux Affaires sociales, Actions humanitaires et Solidarité nationale, Ève Bazaïba Masudi, a apporté une assistance humanitaire aux personnes déplacées et engagé le processus devant permettre à celles qui le souhaitent de retourner dans leurs milieux d’origine.
Cette intervention s’inscrit dans une mission gouvernementale entamée quelques jours plus tôt à Beni, dans le Nord-Kivu, avant l’étape de l’Ituri. Elle repose sur deux axes : répondre aux besoins immédiats des populations vulnérables et préparer, lorsque les conditions le permettent, leur sortie progressive des sites de déplacement.
Principe central : le retour envisagé par le gouvernement est présenté comme volontaire. Ève Bazaïba a précisé que toute démarche de retour doit également être conditionnée par l’existence de conditions sécuritaires suffisantes dans les localités d’origine.
Une assistance gouvernementale à Djaïba
À Djaïba, la ministre d’État a remis, au nom du gouvernement, une assistance humanitaire d’urgence aux personnes vivant sur le site.
Les informations disponibles au moment de la rédaction ne permettent pas encore d’établir de manière exhaustive la quantité, la composition détaillée ni le nombre exact de ménages bénéficiaires de cette assistance. Ces données devront être complétées à partir du bilan officiel de la mission.
La venue de la délégation à Djaïba avait été annoncée en amont par la Caisse de solidarité nationale et de gestion humanitaire des catastrophes (CSN-GHC), dont le directeur général, Raymond Bongole Efoya, accompagne la mission gouvernementale.
L’Agence congolaise de presse avait confirmé que les déplacés de Djaïba, situé à environ 90 kilomètres de Bunia, faisaient partie des populations ciblées par l’assistance gouvernementale. Lire la dépêche de l’ACP sur la mission humanitaire en Ituri.
Du secours d’urgence au retour volontaire
La deuxième composante de la mission concerne le retour des déplacés vers leurs villages et localités d’origine.
À son arrivée à Bunia, Ève Bazaïba avait annoncé la mise en place d’un processus administratif destiné à identifier les personnes qui souhaitent volontairement quitter les sites de déplacement.
« Le retour est conditionné premièrement par l’aspect du volontariat, deuxièmement par les conditions sécuritaires », avait expliqué la ministre d’État.
L’Agence congolaise de presse a également rapporté que le gouvernement considère le désengorgement progressif des sites comme l’un des objectifs de sa politique humanitaire, tout en maintenant ces deux conditions. Consulter les déclarations d’Ève Bazaïba à Bunia.
Le mécanisme lancé à Djaïba ne doit donc pas être interprété comme une évacuation généralisée ou obligatoire du site. Il s’agit d’identifier les volontaires et d’évaluer si leur retour peut s’effectuer sans les exposer à de nouvelles violences.
Plus de 78 000 ménages concernés par la sensibilisation en Ituri
La démarche dépasse le seul site de Djaïba. Au cours de son séjour en Ituri, la ministre a annoncé une campagne visant plus de 78 000 ménages déplacés dans la province.
Selon les informations publiées par Actu30, cette campagne doit informer les populations des possibilités de retour progressif, tout en tenant compte de leur choix et de la situation sécuritaire dans leurs milieux d’origine.
Le gouvernement prévoit également d’accompagner cette transition par des mesures de relèvement et, selon les besoins, par la réhabilitation d’infrastructures dans les zones de retour.
L’enjeu consiste à éviter que les familles quittent un site d’assistance pour retrouver des villages dépourvus de logements, d’écoles, de structures sanitaires, d’eau ou de moyens de subsistance.
Djaïba, un site marqué par de graves violences
La question de la sécurité est particulièrement importante à Djaïba. Le site et ses environs ont déjà été directement affectés par les violences armées dans le territoire de Djugu.
En février 2025, la MONUSCO avait signalé plusieurs tentatives d’attaques de la CODECO à proximité du site. Des Casques bleus et les FARDC avaient repoussé une nouvelle incursion dans la nuit du 16 au 17 février. Lire le compte rendu des Nations Unies sur la protection de Djaïba.
Le Groupe d’experts des Nations Unies a, par ailleurs, documenté des violences beaucoup plus graves survenues entre le 9 et le 12 février 2025 autour du camp. Son rapport indique que plus de 80 civils ont été tués lors d’attaques coordonnées contre plusieurs villages situés dans l’environnement de Djaïba. Consulter le rapport du Groupe d’experts des Nations Unies.
Ces événements historiques ne décrivent pas nécessairement la situation sécuritaire exacte de septembre 2026, mais ils expliquent pourquoi tout processus de retour dans cette zone nécessite une évaluation actualisée et rigoureuse des risques.
Des mouvements de population encore documentés récemment
L’Organisation internationale pour les migrations avait également relevé que les violences du premier trimestre 2025 avaient provoqué des déplacements depuis le site de Djaïba vers l’aire de santé de Jina.
Dans son rapport d’enregistrement consacré aux sites de Djugu et Mahagi, l’OIM relie directement les mouvements de population observés à Djaïba aux conflits armés ayant affecté la zone. Consulter le rapport de suivi des déplacements de l’OIM.
C’est dans ce contexte que le principe du retour volontaire revêt une importance particulière. Le retour durable ne dépend pas uniquement de la diminution ponctuelle des affrontements : il suppose aussi que les personnes puissent vivre, se déplacer et reprendre leurs activités sans menace immédiate.
Le gouvernement veut réduire la dépendance à l’aide d’urgence
Depuis plusieurs mois, Ève Bazaïba défend une réorientation de la réponse humanitaire congolaise : maintenir l’aide d’urgence lorsque celle-ci reste nécessaire, tout en développant des solutions permettant aux populations de retrouver progressivement leur autonomie.
En juin, la ministre avait déjà déclaré que l’assistance permanente dans les sites ne pouvait constituer une solution durable. Elle avait insisté sur le fait que les retours ne doivent intervenir que lorsque la situation sécuritaire le permet et avec l’accord des personnes concernées. Lire l’entretien consacré à la stratégie gouvernementale sur Actualite.cd.
Cette approche s’inscrit dans ce que le gouvernement présente comme le nexus entre paix, action humanitaire et développement : secourir d’abord, stabiliser ensuite et créer les conditions d’une réinstallation durable.
Un entrepôt humanitaire annoncé à Bunia
Pour améliorer sa capacité de réaction en Ituri, la CSN-GHC a également annoncé la création d’un entrepôt de prépositionnement de kits humanitaires à Bunia.
L’objectif est de disposer de stocks directement dans la province afin de réduire les délais de réponse lorsqu’une nouvelle crise provoque des déplacements ou lorsqu’une communauté sinistrée nécessite une assistance immédiate.
Le directeur général de la CSN-GHC a précisé que son institution accompagne la mission d’Ève Bazaïba sur les plans logistique et financier. Lire les précisions de la CSN-GHC rapportées par Opinion Info.
Le véritable test sera la sécurité des zones de retour
L’assistance remise à Djaïba répond aux besoins immédiats. Mais la partie la plus délicate de l’opération commence avec la perspective des retours.
Il faudra notamment déterminer quelles localités sont suffisamment sécurisées, quelles familles souhaitent effectivement rentrer, dans quel état se trouvent leurs habitations et leurs terres, et quelles infrastructures essentielles peuvent accueillir les populations.
Le suivi après le retour sera également déterminant. Sans accès à l’eau, aux soins, à l’éducation, aux moyens de subsistance et à une protection suffisante, un retour peut conduire à de nouveaux déplacements.
À Djaïba, où les conséquences des violences restent profondément inscrites dans la mémoire des populations, l’efficacité de la stratégie gouvernementale se mesurera donc moins au nombre de départs du site qu’à la capacité des familles volontaires à reconstruire durablement leur vie dans des conditions de sécurité.



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