L’atelier de plaidoyer et d’engagement citoyen, organisé dans la salle de la Maison du Barreau, a été présidé par le gouverneur du Kasaï Central, Joseph-Moïse Kambulu N’Konko. La rencontre devait renforcer l’appropriation provinciale du projet et préciser le rôle attendu de chacun pour favoriser l’accès des filles à l’enseignement secondaire public, leur maintien dans le cursus et leur autonomisation.
L’enjeu : agir simultanément sur les obstacles financiers, sociaux, scolaires et communautaires qui peuvent empêcher une fille d’entrer au secondaire, d’y rester jusqu’au terme de son parcours ou d’étudier dans un environnement sûr.
Une mobilisation qui dépasse le secteur de l’éducation
Autour de la table figuraient des représentants des institutions provinciales, des services éducatifs et administratifs, des communautés, des confessions religieuses, des autorités coutumières ainsi que différentes organisations de la société civile.
Cette diversité répond à l’une des logiques centrales du PAAF : plusieurs causes de l’abandon scolaire des filles se trouvent en dehors de la salle de classe. Les difficultés économiques des familles, certaines normes sociales, les mariages et grossesses précoces, l’insécurité autour des établissements ou encore l’insuffisance d’infrastructures adaptées peuvent peser sur leur parcours.
Le projet cherche donc à associer les acteurs capables d’agir à différents niveaux. Les parents peuvent encourager la continuité scolaire. Les responsables communautaires et religieux peuvent contribuer à faire évoluer certaines pratiques. Les autorités doivent, de leur côté, faciliter la mise en œuvre des politiques et veiller au fonctionnement des services éducatifs.
Le gouverneur place l’éducation des filles parmi les priorités provinciales
En ouvrant les travaux, Joseph-Moïse Kambulu N’Konko a réaffirmé l’engagement de l’exécutif provincial à accompagner le programme.
Selon les comptes rendus de l’atelier, le gouverneur a présenté l’éducation des enfants, particulièrement celle des filles, comme une priorité de son gouvernement provincial.
L’engagement des autorités locales est important pour un projet dont plusieurs interventions doivent être exécutées à l’échelle des provinces éducationnelles, des établissements et des communautés.
Le défi sera désormais de traduire cet engagement institutionnel en actions mesurables : sensibilisation des familles, suivi des bénéficiaires, fonctionnement des mécanismes de protection, amélioration des infrastructures et coordination entre les différentes administrations.
Un projet de 400 millions de dollars soutenu par la Banque mondiale
Le PAAF est une initiative du gouvernement de la République démocratique du Congo mise en œuvre dans le secteur de l’éducation avec un financement de l’Association internationale de développement de la Banque mondiale.
La Banque mondiale indique que le projet représente un engagement de 400 millions de dollars et reste actif jusqu’en décembre 2028. Son objectif général est d’améliorer l’accès sûr et équitable à l’éducation, particulièrement pour les filles, ainsi que les conditions d’enseignement et d’apprentissage dans les écoles secondaires de provinces ciblées.
Pourquoi le Kasaï Central fait partie des provinces prioritaires
Le projet cible cinq provinces : le Kasaï, le Kasaï Central, le Kasaï Oriental, l’Ituri et le Sud-Kivu.
Ces provinces présentent notamment des niveaux faibles de fréquentation scolaire des filles au secondaire ou des écarts importants entre garçons et filles.
Les documents de la Banque mondiale montrent que le Kasaï Central fait partie des provinces où le taux net de scolarisation des filles dans le premier cycle du secondaire était particulièrement faible dans les données ayant servi à la conception du programme.
Le projet cherche ainsi non seulement à augmenter les inscriptions, mais aussi à s’attaquer aux facteurs qui conduisent les adolescentes à abandonner leurs études avant la fin du secondaire.
Bourses, environnement scolaire et protection des filles
Le PAAF ne se limite pas à la construction d’écoles. Il comprend plusieurs interventions destinées à réduire les obstacles rencontrés par les filles.
Le ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté a notamment engagé un programme de bourses scolaires dans les établissements publics mixtes concernés. Le projet travaille également sur la prévention des violences basées sur le genre, les mécanismes de gestion des plaintes et l’amélioration de la sécurité de l’environnement scolaire.
En juillet 2026, des formateurs du Kasaï Central avaient encore été formés sur les violences basées sur le genre, l’exploitation et les abus sexuels, le harcèlement sexuel et les mécanismes de gestion des plaintes. Le ministère de l’Éducation avait présenté cette activité comme une composante de la sécurisation de l’environnement scolaire des filles.
Des investissements éducatifs également annoncés
Au cours des échanges de Kananga, les responsables du projet ont également annoncé des investissements dans les infrastructures éducatives et les installations d’eau, d’hygiène et d’assainissement, communément désignées par l’acronyme WASH.
Le Kasaï Central doit bénéficier de plusieurs interventions de ce type dans les établissements ciblés. La construction ou l’amélioration d’infrastructures scolaires vise notamment à rendre l’environnement d’apprentissage plus accessible et mieux adapté aux besoins des adolescentes.
Parmi les projets évoqués figure également l’Institut supérieur pédagogique de Luiza. Les responsables du PAAF annoncent des interventions en faveur de cet établissement, qui participe déjà à certaines activités du programme liées à la formation des futures enseignantes.
Ces investissements devront toutefois être suivis à travers les marchés effectivement attribués, les calendriers de travaux et les réalisations sur le terrain afin de distinguer les infrastructures programmées de celles déjà exécutées.
Un comité provincial chargé du suivi
L’atelier ne s’est pas limité aux déclarations d’intention. Un comité provincial de suivi du PAAF a également été mis en place pour accompagner l’exécution des activités dans le Kasaï Central.
La structure associe notamment les services provinciaux de l’éducation, des administrations publiques ainsi que des représentants d’établissements scolaires, des parents, des enseignants et de la société civile.
Son efficacité dépendra de sa capacité à suivre concrètement les interventions, identifier rapidement les difficultés et rendre compte des résultats obtenus.
Maintenir les filles à l’école, le véritable indicateur
Le succès du programme ne pourra pas être mesuré uniquement par le nombre d’ateliers, de réunions ou de personnes sensibilisées.
À terme, plusieurs indicateurs seront déterminants : davantage de filles accèdent-elles effectivement au secondaire ? Combien bénéficient des dispositifs d’accompagnement ? Les abandons diminuent-ils ? Les établissements deviennent-ils plus sûrs ? Les adolescentes terminent-elles davantage leur cursus ?
La mobilisation organisée à Kananga constitue donc une étape d’appropriation. Elle crée un cadre dans lequel autorités, enseignants, parents, responsables religieux, chefs coutumiers et société civile reconnaissent leur part de responsabilité.
Le véritable enjeu commence maintenant sur le terrain. Pour que l’avenir des filles devienne réellement « une responsabilité de tous », les engagements pris devront se traduire dans les écoles, les familles et les communautés du Kasaï Central.



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