Son vélo ne rejoindra pas Rabat, mais d’autres ont pris la route pour prolonger son message. Dimanche 20 septembre 2026 à Kinshasa, des cyclistes congolais ont organisé une course en hommage à Miguel Masaïsaï, jeune sportif de 23 ans décédé deux jours plus tôt au Congo-Brazzaville alors qu’il traversait l’Afrique à vélo pour appeler à la paix dans l’Est de la République démocratique du Congo.


Les participants sont partis du Palais du Peuple, dans la capitale congolaise, avant d’effectuer un parcours destiné à les ramener devant le même édifice. Plus qu’une compétition sportive, l’initiative prend la forme d’un hommage collectif à celui qui avait fait du vélo un instrument de plaidoyer à travers son projet « Pedals for Peace ».


Pour les cyclistes présents, le geste est particulièrement symbolique. Le Palais du Peuple avait déjà constitué une étape importante du périple de Miguel. Le 5 août, après avoir traversé la RDC depuis Goma, il y avait été accueilli par des jeunes, des passionnés de cyclisme et des membres de la société civile. 0


Un hommage là où Kinshasa l’avait accueilli


Miguel Masaïsaï était arrivé dans la capitale après plus de deux mois de route. Parti de Goma le 1er mai, il avait traversé plusieurs provinces avant de rejoindre Kinshasa le 5 août, au terme de plus de 6 500 kilomètres parcourus selon les informations publiées au moment de son passage. 1


À son arrivée aux portes de Kinshasa, des cyclistes amateurs et professionnels l’avaient escorté depuis Maluku. Son passage devant le Palais du Peuple avait donné lieu à une mobilisation de jeunes venus écouter son message consacré à la paix, à l’unité et à la cohésion nationale. 2


Un peu plus d’un mois plus tard, c’est donc depuis ce même lieu que des cyclistes ont choisi de partir pour lui rendre hommage.


Le symbole : Miguel Masaïsaï avait été accueilli au Palais du Peuple après sa traversée de la RDC. Deux jours après sa mort, les cyclistes de Kinshasa utilisent à leur tour ce lieu comme point de départ et d’arrivée d’un parcours organisé en sa mémoire.


Un voyage de 14 000 kilomètres interrompu près d’Ouesso


L’aventure de Miguel Masaïsaï devait le conduire bien au-delà de Kinshasa. Son objectif était de relier Goma à Rabat, au Maroc, sur un itinéraire annoncé à environ 14 000 kilomètres à travers plusieurs pays africains. Le cycliste souhaitait utiliser chacune de ses étapes pour sensibiliser aux conséquences des conflits dans l’Est de la RDC et promouvoir un message de paix et de cohésion. 3


Après son séjour dans la capitale congolaise, il avait traversé le fleuve Congo pour rejoindre Brazzaville et entamer la deuxième partie de son périple. Son itinéraire devait ensuite le mener notamment vers le Cameroun, le Nigeria et progressivement vers l’Afrique du Nord avant Rabat. 4


Le voyage s’est brutalement interrompu vendredi 18 septembre dans la région d’Ouesso, au nord de la République du Congo et non loin de la frontière camerounaise. Le décès a ensuite été confirmé par sa famille, après l’identification de documents retrouvés auprès de la dépouille. 5


Les premières informations disponibles font état d’un accident de circulation. Les circonstances techniques précises du drame n’ont pas encore fait l’objet d’un compte rendu public détaillé permettant d’en reconstituer entièrement la séquence.


« Pedals for Peace », bien plus qu’un défi sportif


L’importance prise par l’hommage de Kinshasa s’explique aussi par la nature du projet porté par le jeune cycliste. Miguel n’avait pas présenté son trajet comme une simple tentative de performance sportive.


Originaire de Goma, ville profondément affectée par plusieurs décennies de conflits dans l’Est du pays, il avait associé son effort physique à un plaidoyer en faveur de la paix.


Lors de son passage à Mbuji-Mayi puis à Kinshasa, il avait multiplié les échanges avec les jeunes et les acteurs locaux autour de l’unité et de la cohésion nationale. À Kinshasa, il expliquait avoir rencontré, tout au long de sa traversée, des Congolais qui partageaient son souhait de voir revenir la paix dans l’Est. 6


Son initiative avait également commencé à recevoir une reconnaissance institutionnelle. Le ministre des Sports et Loisirs Didier Budimbu l’avait reçu avant son départ vers le Congo-Brazzaville et avait annoncé un accompagnement concernant notamment certaines questions logistiques et administratives. 7


Une disparition qui suscite des hommages au-delà de Kinshasa


Depuis l’annonce de sa mort, les hommages se multiplient dans plusieurs régions du pays.


À Goma, sa famille et ses proches se sont réunis autour de sa mémoire. À Beni, le Conseil urbain de la jeunesse et des cyclistes ont également annoncé une soirée de recueillement. Le ministère des Sports a, de son côté, salué l’engagement d’un jeune athlète qui avait choisi de porter un message de paix au-delà du cadre strictement sportif. 8


Le ministre Didier Budimbu a présenté son initiative comme un engagement patriotique en faveur des populations touchées par les violences dans l’Est. 9


Cette vague de réactions donne aujourd’hui à « Pedals for Peace » une portée que le décès de son initiateur n’efface pas. Le projet n’atteindra pas son objectif géographique initial, mais son message continue d’être repris par d’autres.


À Kinshasa, continuer à pédaler pour lui


La course organisée dans la capitale illustre précisément cette volonté de poursuivre symboliquement une route interrompue.


Les cyclistes ne prétendent pas achever les milliers de kilomètres qui séparaient encore Miguel de Rabat. Leur parcours est beaucoup plus court. Mais le fait de monter sur leurs vélos, deux jours seulement après sa disparition, rappelle le moyen d’expression qu’il avait lui-même choisi.


L’hommage prend ainsi une dimension à la fois sportive et citoyenne : se souvenir du cycliste, mais aussi préserver le message autour duquel son périple avait été construit.


Miguel Masaïsaï avait commencé son voyage seul, avec l’ambition de faire circuler une idée de ville en ville et de pays en pays. À Kinshasa, ce dimanche, ce sont plusieurs vélos qui la portent à sa place.