À quelques heures de la marche du 22 septembre, la compétition politique entre pouvoir et opposition gagne de plus en plus ouvertement le terrain religieux. Augustin Kabuya, secrétaire général et président intérimaire de l’UDPS/Tshisekedi, assume les démarches menées par son parti auprès des responsables des Églises de réveil et des milieux kimbanguistes.
« Si les opposants prennent la CENCO et l’ECC pour qu’elles soient avec eux, si nous, de l’UDPS, nous demandons aux kimbanguistes et aux églises de réveil, où est le mal ? », a déclaré Augustin Kabuya.
Cette déclaration intervient alors que le responsable de l’UDPS multiplie les consultations avec des acteurs religieux pour élargir la mobilisation annoncée mardi 22 septembre à travers la République démocratique du Congo.
Elle révèle surtout la lecture politique qu’il fait du rôle des confessions religieuses : d’un côté, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC), qu’il associe dans son propos aux démarches de l’opposition ; de l’autre, les kimbanguistes et différentes Églises de réveil que l’UDPS cherche à mobiliser autour de ses propres initiatives.
Une stratégie religieuse désormais assumée par l’UDPS
La démarche n’est pas improvisée. Dans sa mobilisation pour le 22 septembre, l’UDPS a officiellement invité les confessions religieuses aux côtés de ses structures, de ses alliés politiques, de la société civile, des mouvements associatifs et estudiantins et des leaders d’opinion.
Dimanche 20 septembre, Augustin Kabuya s’est notamment rendu au Ministère Amen, où il a rencontré l’apôtre Léopold Mutombo Kalombo. À l’issue de cet échange, il a expliqué que la marche ne concernait pas exclusivement les responsables politiques, mais également les responsables religieux et leurs communautés.
Le responsable du parti présidentiel a également annoncé la poursuite de consultations avec d’autres figures religieuses. L’évêque Pascal Mukuna a, pour sa part, annoncé son soutien à la mobilisation.
Le changement de ton : l’UDPS ne se contente plus d’inviter généralement les confessions religieuses à participer. Augustin Kabuya présente désormais explicitement cette mobilisation religieuse comme une réponse à ce qu’il considère être la proximité de la CENCO et de l’ECC avec les forces d’opposition.
CENCO et ECC : proximité avec l’opposition ou rôle de médiation ?
La formulation d’Augustin Kabuya doit cependant être distinguée des positions institutionnelles effectivement prises par la CENCO et l’ECC.
Les deux structures ont souvent exprimé des positions critiques sur la gouvernance, les processus électoraux ou certaines orientations institutionnelles. Elles ont également rencontré à plusieurs reprises des responsables de l’opposition dans le cadre de leurs initiatives de consultation.
Mais ces démarches ne se sont pas limitées à l’opposition. Leurs responsables ont également dialogué avec Félix Tshisekedi, le gouvernement, les institutions de la République et d’autres composantes politiques et sociales.
Le 17 juillet, par exemple, Félix Tshisekedi avait reçu une délégation beaucoup plus large des confessions religieuses. Elle comprenait notamment le cardinal Fridolin Ambongo pour l’Église catholique, Mgr André Bokundoa pour l’ECC, l’archevêque Ejiba Yamampia pour les Églises de réveil et le cheikh Abdallah Mangala pour la communauté musulmane.
C’est à l’issue de cette rencontre que le cardinal Ambongo avait annoncé la décision du chef de l’État d’aller vers un dialogue national inclusif.
Présenter la CENCO et l’ECC comme des composantes institutionnellement rattachées à l’opposition irait donc au-delà des faits établis. La formule employée par Kabuya traduit avant tout sa propre lecture du positionnement de ces Églises dans le débat politique.
La CENCO continue de réunir pouvoir et opposition
Un autre élément nuance cette lecture. Le 16 septembre, la Commission Justice et Paix de la CENCO a réuni à Kinshasa des représentants du gouvernement, de l’opposition et de la société civile autour des conditions d’un dialogue national inclusif.
La rencontre a notamment vu participer le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya, l’opposant Martin Fayulu et d’autres personnalités issues de sensibilités politiques différentes.
L’objectif affiché par la CENCO était de réfléchir aux conditions pouvant rendre le dialogue crédible et favoriser une paix durable, et non de constituer une plateforme politique en faveur d’un camp.
Le président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji Sangara, avait d’ailleurs lui-même appelé quelques jours plus tôt l’Église catholique et l’ECC à contribuer à la recherche d’un consensus national.
Les Églises de réveil occupent aussi davantage le terrain
De leur côté, les Églises de réveil ne sont pas absentes du débat politique et institutionnel.
À Kasumbalesa, dans le Haut-Katanga, des responsables des Églises de réveil ont annoncé une marche chrétienne pour le 3 octobre en soutien au dialogue national initié par Félix Tshisekedi.
Au niveau national, l’Église de Réveil du Congo participe également à une initiative présentée comme un « dialogue spirituel pour la Nation », autour de la paix, de l’unité et de la cohésion nationale.
Dans le milieu kimbanguiste, certaines personnalités ont aussi exprimé leur soutien au principe du dialogue national. Martorel Diangienda, présenté comme l’un des chefs spirituels issus de la famille kimbanguiste et également responsable politique, avait notamment salué début septembre l’initiative présidentielle.
Ces prises de position montrent toutefois la nécessité de distinguer les responsables individuels, les plateformes religieuses et les institutions confessionnelles elles-mêmes. Le soutien d’une personnalité appartenant à une confession ne signifie pas automatiquement que toute cette confession adopte la même position politique.
La marche du 22 septembre comme point de cristallisation
La déclaration de Kabuya intervient dans le contexte immédiat de la marche annoncée par l’UDPS pour le 22 septembre.
Le parti présidentiel présente la mobilisation comme un soutien aux institutions de la République, à la loi référendaire et au dialogue national annoncé par Félix Tshisekedi. Elle constitue aussi une réponse politique assumée à la marche organisée le 15 septembre par la Coalition Article 64, opposée aux changements constitutionnels qu’elle estime susceptibles de toucher aux équilibres actuels du pouvoir.
L’UDPS entend organiser les manifestations dans les 26 chefs-lieux de province et mobiliser ses structures dans les 145 territoires.
À Kinshasa, Kabuya a demandé aux militants de porter du blanc, présenté comme un symbole de paix, et insisté publiquement sur la discipline pendant la marche.
Une compétition politique autour de la légitimité religieuse
Au-delà du rendez-vous de mardi, la déclaration met en lumière un phénomène plus large : dans un pays où les Églises disposent d’une forte présence sociale, les acteurs politiques cherchent régulièrement à obtenir l’écoute, le soutien ou la médiation des responsables religieux.
La CENCO et l’ECC disposent d’une influence particulière liée notamment à leurs réseaux d’écoles, de structures sanitaires et de communautés locales. Les Églises de réveil et l’Église kimbanguiste disposent elles aussi d’importantes bases de fidèles.
Dans ce contexte, obtenir le soutien public d’un responsable religieux peut avoir une valeur politique et symbolique importante.
Mais transformer ces différences de positionnement en deux blocs confessionnels opposés — CENCO-ECC d’un côté et kimbanguistes-Églises de réveil de l’autre — simplifierait une réalité beaucoup plus complexe. Les confessions religieuses ne constituent pas des formations politiques homogènes et leurs responsables interviennent selon des cadres, des sensibilités et des mandats différents.
Après les partis, la bataille du 22 septembre se joue aussi sur les soutiens
En posant publiquement la question « où est le mal ? », Augustin Kabuya ne nie donc pas la politisation de ses propres démarches auprès de certains responsables religieux. Il la justifie par ce qu’il considère être une pratique comparable du côté de ses adversaires.
Le véritable enjeu est désormais de savoir quelles organisations religieuses participeront effectivement à la marche, et surtout sous quelle qualité : engagement institutionnel, décision d’un responsable religieux ou participation individuelle de fidèles.
Cette distinction sera essentielle pour éviter de présenter les communautés religieuses congolaises comme des prolongements automatiques des blocs politiques.
À la veille de la mobilisation, l’UDPS assume en tout cas une stratégie qui dépasse désormais la seule organisation de ses militants : démontrer que ses positions peuvent également trouver des relais dans la société civile, les mouvements de jeunesse et le monde religieux.



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