À quelques heures de la marche du 22 septembre, l’UDPS/Tshisekedi cherche à donner à sa mobilisation une portée dépassant les seules structures du parti présidentiel. Après plusieurs consultations avec des alliés politiques, des organisations et des responsables religieux, l’évêque Pascal Mukuna a annoncé son soutien à la manifestation à l’issue d’une rencontre avec Augustin Kabuya.


Le secrétaire général de l’UDPS a engagé ces derniers jours une série de contacts destinés à élargir la participation à la marche. Le parti appelle non seulement ses militants et ses alliés, mais également des organisations de la société civile, des mouvements associatifs et estudiantins ainsi que des confessions et responsables religieux.


L’annonce du soutien de Pascal Mukuna s’inscrit dans cette stratégie d’élargissement. Elle ne doit toutefois pas être automatiquement présentée comme une position de l’ensemble des Églises congolaises : dans les informations disponibles, il s’agit du soutien annoncé par le responsable religieux lui-même. Aucune position commune de l’ensemble des confessions religieuses n’est établie sur cette mobilisation.


Une marche présentée comme un soutien à Tshisekedi et à ses initiatives


L’UDPS a fixé au mardi 22 septembre sa propre journée de mobilisation, une semaine après la marche organisée par la Coalition Article 64 contre une éventuelle modification de la Constitution.


Augustin Kabuya présente l’initiative comme une démonstration de soutien à Félix Tshisekedi et aux institutions de la République. Le parti présidentiel associe également à cette mobilisation le dialogue national annoncé par le chef de l’État ainsi que le processus référendaire, devenu l’un des sujets les plus clivants du débat politique congolais.


Lors d’une causerie politique organisée au siège du parti, Kabuya a expliqué que l’objectif était notamment de montrer que Félix Tshisekedi conserve un soutien populaire. Cette appréciation relève de la stratégie politique de l’UDPS et ne constitue pas, à elle seule, une mesure de l’opinion de l’ensemble de la population congolaise.


À retenir : avec le soutien annoncé de Pascal Mukuna et les démarches menées auprès d’autres responsables religieux, l’UDPS cherche à transformer sa marche du 22 septembre en mobilisation dépassant le seul cadre partisan.


Les responsables religieux deviennent une cible centrale des consultations


La démarche auprès de Pascal Mukuna n’est pas isolée. Augustin Kabuya a également rencontré l’apôtre Léopold Mutombo Kalombo, responsable du Ministère Amen, dans le cadre de la préparation de la marche.


À l’issue de cet entretien, le dirigeant de l’UDPS a affirmé que la mobilisation ne devait pas concerner uniquement les acteurs politiques et a explicitement appelé les responsables religieux à y prendre part.


Ce choix montre que le parti présidentiel cherche à mobiliser des relais disposant d’une audience sociale propre. En RDC, les Églises et communautés religieuses occupent une place importante dans la vie publique, qu’il s’agisse des questions électorales, du dialogue politique, de la médiation ou de la mobilisation citoyenne.


Mais l’engagement politique de responsables religieux individuels doit être distingué des positions institutionnelles des grandes confessions. La CENCO, l’Église du Christ au Congo ou d’autres regroupements disposent de leurs propres mécanismes de prise de position et ne peuvent être considérés comme parties prenantes de la marche sur la seule base du soutien d’un pasteur ou d’un évêque.


Le 22 septembre, une réponse politique à la marche de la C64


Le calendrier de la mobilisation est étroitement lié aux événements du 15 septembre. Ce jour-là, la C64 avait organisé des marches contre toute évolution constitutionnelle susceptible, selon ses responsables, de modifier les règles actuelles de l’alternance présidentielle.


À Kinshasa, le cortège de l’opposition avait été interrompu à Limete après des violences impliquant des manifestants et des groupes hostiles à la marche. Ces incidents ont depuis donné lieu à des accusations politiques concurrentes et à des appels à l’ouverture d’enquêtes.


L’UDPS a, pour sa part, contesté l’importance de la mobilisation de l’opposition et décidé d’organiser sa propre démonstration dans la rue. Kabuya a présenté le rendez-vous du 22 septembre comme une manière de répondre politiquement à la C64 et d’afficher le soutien dont bénéficie, selon son parti, le chef de l’État.


La marche prend ainsi l’allure d’une nouvelle étape dans la bataille politique autour de la Constitution, mais aussi d’une compétition pour la capacité de mobilisation populaire.


Le référendum au cœur du désaccord


Au-delà de la comparaison entre les foules, le principal désaccord reste institutionnel. L’UDPS défend le principe d’une évolution constitutionnelle et soutient le processus référendaire, tandis que la C64 considère qu’une telle démarche pourrait remettre en cause certains équilibres de la Constitution actuelle.


Le parti présidentiel associe également la marche au soutien du dialogue national lancé par Félix Tshisekedi. Ce processus est lui-même contesté dans une partie de l’opposition, qui réclame notamment des garanties sur son inclusivité, sa médiation et les conditions de participation.


Le 22 septembre devrait donc concentrer plusieurs débats qui structurent actuellement la vie politique congolaise : soutien au chef de l’État, avenir de la Constitution, référendum et dialogue national.


Une mobilisation religieuse qui soulève aussi la question des frontières entre foi et politique


Le soutien annoncé de Pascal Mukuna ajoute une autre dimension à la séquence. Les responsables religieux congolais interviennent régulièrement dans les questions de gouvernance, de paix et de justice sociale, mais leur participation directe à une mobilisation partisane ou soutenue par un parti politique peut susciter des interprétations différentes parmi les fidèles.


Il appartient donc à chaque responsable religieux de préciser le caractère personnel ou institutionnel de son engagement. Dans le cas de Pascal Mukuna, les informations disponibles établissent son soutien annoncé à la marche, mais ne permettent pas d’attribuer automatiquement cette position à l’ensemble de sa communauté religieuse ou, plus largement, aux confessions chrétiennes de la RDC.


Pour l’UDPS, cette ouverture vers les milieux religieux répond à un objectif politique clair : élargir le spectre des participants et présenter le rendez-vous du 22 septembre comme une mobilisation de forces sociales diverses plutôt qu’une simple marche de militants du parti.


Le test de la rue attendu mardi


La véritable portée de cette stratégie sera mesurée lors de la manifestation. Le nombre et la diversité des organisations effectivement présentes permettront de déterminer dans quelle mesure les consultations menées par Augustin Kabuya auront produit une mobilisation au-delà des structures traditionnelles de l’UDPS.


La question de l’encadrement sécuritaire sera également observée avec attention, une semaine seulement après les incidents ayant marqué la marche de l’opposition à Limete.


À la veille du rendez-vous, une chose est déjà visible : majorité et opposition utilisent désormais toutes deux la rue pour défendre des lectures opposées de l’avenir institutionnel du pays. Le soutien annoncé de Pascal Mukuna montre que cette confrontation politique cherche également des relais au sein de la société civile et du monde religieux.