Des prestataires engagés dans la riposte contre la maladie à virus Ebola ont suspendu leurs activités à Beni, chef-lieu provisoire du Nord-Kivu, pour réclamer le paiement de plusieurs mois de primes qu’ils disent attendre depuis le début de leurs prestations.


Le mouvement a débuté lundi 21 septembre 2026 et concernait encore plusieurs équipes mercredi. Il touche notamment des prestataires de la communication des risques et de l’engagement communautaire, des équipes psychosociales ainsi que des relais communautaires.


Selon les témoignages recueillis à Beni, les arriérés revendiqués varient entre trois et quatre mois selon les agents concernés. Certains affirment n’avoir encore reçu aucun paiement depuis quatre mois.


La revendication : paiement des primes accumulées depuis plusieurs mois. Les prestataires concernés affirment qu’ils ne reprendront normalement leurs activités qu’après une réponse concrète à leurs revendications.


Manifestation devant la zone de santé


Pour faire entendre leur mécontentement, plusieurs agents se sont rassemblés devant le bureau de la zone de santé de Beni. Des affiches et des barricades ont été installées à l’entrée des installations, tandis qu’un feu a été allumé devant le bureau de la coordination zonale de la riposte.


La police est intervenue pour éteindre le feu, sans toutefois mettre fin au mouvement revendicatif.


L’Agence congolaise de presse, qui a constaté la manifestation lundi, rapporte que les prestataires réclamaient quatre mois d’arriérés. Lire le reportage de l’ACP à Beni.


Actualite.cd rapporte également que les grévistes disent avoir entrepris plusieurs démarches auprès de la coordination sans obtenir, jusqu’ici, de solution à leurs revendications. Consulter l’article d’Actualite.cd.


« Quatre mois sans être payé »


Nick Junior Vusindi, présenté comme agent de la commission de communication de la riposte à Beni, affirme que plusieurs prestataires travaillent depuis quatre mois sans recevoir leurs primes.


« Nous manifestons notre mécontentement contre les autorités de la riposte qui nous font travailler, actuellement ça fait quatre mois sans être payé », a-t-il déclaré dans des propos rapportés par Actualite.cd et l’ACP.


Il affirme également que les prestataires ont été informés que des moyens avaient été mobilisés par le ministère de la Santé pour financer la riposte. Cette affirmation sur le décaissement et la destination précise des fonds devra cependant être confrontée aux données budgétaires et aux explications des responsables financiers du dispositif.


Une grève au moment où Beni reste confrontée à Ebola


La suspension d’activités intervient dans un contexte sanitaire particulièrement sensible. Le Nord-Kivu figure parmi les provinces les plus affectées par l’épidémie de maladie à virus Ebola causée par le virus Bundibugyo.


Dans son bulletin du 10 septembre, l’Organisation mondiale de la Santé indiquait qu’au 7 septembre le Nord-Kivu comptait 1 066 cas confirmés cumulés, répartis dans 16 zones de santé affectées. La province constituait alors le deuxième foyer le plus touché du pays derrière l’Ituri. Consulter la mise à jour de l’OMS.


L’OMS soulignait également la persistance de la transmission et les difficultés liées à la détection rapide des cas, à l’accès aux soins et au suivi des contacts.


Dans ce contexte, la communication des risques, l’engagement communautaire et l’accompagnement psychosocial constituent des composantes importantes de la riposte. Leur interruption prolongée pourrait compliquer les activités de sensibilisation et le lien entre les équipes sanitaires et les communautés.


Une délégation nationale arrivée à Beni


La grève a débuté à la veille de l’arrivée à Beni du coordonnateur national de la riposte, le professeur Steeve Ahuka Mundeke, accompagné d’une délégation venue évaluer la situation épidémiologique.


L’ACP rapporte que cette délégation a notamment participé mardi à des activités de sensibilisation et à une démonstration de techniques de décontamination avec des conducteurs de motos et des leaders communautaires.


L’agence publique précise que cette mission intervient alors que certaines commissions de la riposte sont en grève pour les mêmes revendications salariales. Lire la dépêche de l’ACP sur la visite de la coordination nationale.


Les autorités de la riposte seraient engagées dans des démarches visant à trouver une issue au conflit, mais aucune annonce précise de paiement n’était encore rendue publique au moment de la rédaction.


Des revendications similaires déjà enregistrées en Ituri


Le mouvement de Beni n’est pas le premier conflit salarial impliquant des agents de la riposte au cours de cette épidémie.


En août, des prestataires avaient déjà manifesté à Mongbwalu, en Ituri, pour réclamer le paiement de trois mois d’arriérés. Lire le reportage de Radio Okapi à Mongbwalu.


Plus récemment, les activités de riposte ont également été suspendues dans la zone de santé de Damas, en territoire de Djugu, où des agents réclamaient trois mois de primes de risque et de prestations ainsi qu’un approvisionnement régulier en équipements de protection. Consulter l’article de Radio Okapi sur la zone de santé de Damas.


Le ministère avait déjà promis d’assainir le fichier des prestataires


Lors d’un déplacement à Bunia en juillet, le ministre de la Santé publique, Samuel Roger Kamba, avait reconnu l’existence de retards dans le paiement des agents engagés dans la riposte.


Il avait indiqué que le problème ne résultait pas seulement de la disponibilité des fonds, mais également de difficultés liées aux listes des prestataires, et avait annoncé un processus d’assainissement du fichier ainsi qu’une harmonisation des primes.


Le ministre avait également dénoncé certaines pratiques qu’il avait qualifiées d’« Ebola Business », évoquant notamment des irrégularités dans la constitution des listes. Ces déclarations relevaient de son appréciation de la gestion du dispositif et ne désignent pas, en elles-mêmes, les prestataires actuellement en grève à Beni. Relire les déclarations du ministre rapportées en juillet.


Une riposte qui nécessite des équipes opérationnelles


L’ampleur de l’épidémie impose une forte mobilisation logistique et humaine. L’OMS indique que des vols spécifiques continuent notamment d’acheminer des équipes et du matériel vers plusieurs foyers, dont Beni. Voir le point de l’OMS Afrique sur l’appui logistique à la riposte.


Le ministère congolais de la Santé publie également régulièrement ses rapports de situation sur la 17e épidémie d’Ebola. Consulter les rapports officiels du ministère de la Santé.


À Beni, la question immédiate reste désormais de savoir quand les primes seront effectivement versées et dans quelles conditions les prestataires reprendront leur travail.


Dans une épidémie où la surveillance, la sensibilisation communautaire et le suivi des contacts doivent fonctionner de manière continue, une prolongation du conflit social pourrait fragiliser certains volets de la réponse sanitaire. Les responsables de la riposte sont donc attendus sur un calendrier de règlement précis et vérifiable.