La question des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) a occupé une place particulière dans le discours de Judith Suminwa Tuluka devant la 81e Assemblée générale des Nations Unies à New York.
Après avoir dénoncé la persistance de la guerre dans l’Est de la République démocratique du Congo, la Première ministre a cherché à répondre à l’un des principaux arguments sécuritaires régulièrement avancés par Kigali : la présence sur le territoire congolais des FDLR, groupe armé rwandais actif depuis plusieurs décennies dans l’Est de la RDC.
Pour la cheffe du gouvernement congolais, les développements intervenus ces derniers mois montrent qu’un processus concret de désarmement et de rapatriement est engagé. Elle estime par conséquent que la question des FDLR ne peut plus être utilisée pour justifier le maintien d’une présence militaire étrangère sur le sol congolais.
« La question des FDLR ne saurait donc plus servir de prétexte au maintien d’une présence militaire étrangère sur notre territoire », a déclaré Judith Suminwa.
Cette appréciation constitue la position défendue par Kinshasa. Le Rwanda, de son côté, considère depuis longtemps les FDLR comme une menace sécuritaire et insiste sur leur neutralisation effective. Les accords et mécanismes internationaux en vigueur imposent d’ailleurs des obligations parallèles : la RDC doit agir contre les FDLR tandis que le Rwanda est appelé à respecter la souveraineté congolaise et les engagements concernant ses forces et son soutien au M23.
Le raisonnement de Kinshasa : si la neutralisation des FDLR entre effectivement dans une phase d’exécution, les autres engagements sécuritaires conclus dans les processus de paix doivent avancer simultanément et pouvoir être vérifiés de manière indépendante.
Un protocole de désarmement mis en avant par Suminwa
Pour étayer son argumentation, la Première ministre a rappelé un protocole daté du 30 mai 2026 et présenté comme accepté par des responsables politiques et militaires des FDLR.
Selon la présentation faite par Judith Suminwa, ce document prévoit plusieurs étapes : désarmement, démobilisation et cantonnement des combattants, avant leur rapatriement au Rwanda ou, selon les situations prévues par le processus, leur relocalisation.
L’objectif affiché est d’aboutir à la dissolution de la structure armée. Le mécanisme ne prévoit pas pour autant une impunité générale : les personnes soupçonnées d’implication dans des crimes graves restent susceptibles de poursuites judiciaires.
Le Groupe de contact international pour la région des Grands Lacs a confirmé en août avoir pris acte de l’annonce faite par le gouvernement congolais selon laquelle une faction des FDLR avait formellement accepté un protocole de désarmement, démobilisation et cantonnement.
Le même groupe, qui réunit notamment les États-Unis, plusieurs pays européens et l’Union européenne, a toutefois demandé à Kinshasa de transformer cet engagement en plan opérationnel assorti d’un calendrier réaliste.
120 membres et personnes à charge rapatriés avec la MONUSCO
Judith Suminwa a également cité comme avancée concrète l’opération menée le 8 septembre 2026 avec l’appui de la MONUSCO et en coordination avec les gouvernements congolais et rwandais.
La mission onusienne a annoncé avoir facilité le rapatriement vers le Rwanda de 120 membres des FDLR et personnes à leur charge.
Les personnes concernées ont été transférées au centre de la Commission rwandaise de démobilisation et de réintégration à Mutobo, où elles doivent passer par un programme de réintégration avant de regagner leurs communautés.
Pour Kinshasa, cette opération constitue un premier exemple démontrant que le processus de neutralisation ne se limite plus aux déclarations politiques.
Elle ne permet cependant pas, à elle seule, de considérer l’ensemble du problème FDLR comme réglé. Le groupe reste présent dans certaines parties de l’Est, et les partenaires internationaux continuent de réclamer son désarmement complet ainsi que la fin de toute collaboration entre ses membres et des acteurs armés congolais.
La résolution 2773 fixe des obligations aux différentes parties
Le discours de la Première ministre renvoie également à la résolution 2773 adoptée à l’unanimité par le Conseil de sécurité des Nations Unies le 21 février 2025.
Ce texte exige notamment la cessation des offensives du M23, son retrait des zones sous son contrôle et la fin des administrations parallèles. Il demande également au Rwanda de cesser son soutien au M23 et de retirer ses forces du territoire congolais.
Parallèlement, le Conseil demande aux autorités congolaises de mettre fin à tout soutien aux FDLR et de prendre des mesures pour leur neutralisation.
Cette double exigence est importante pour comprendre le débat actuel : le cadre international ne présente pas la neutralisation des FDLR et le retrait des forces rwandaises comme deux objectifs concurrents, mais comme des engagements qui doivent progresser dans le cadre d’une désescalade régionale. Consulter la résolution 2773 des Nations Unies.
Le Groupe de contact international demande encore des résultats à Kinshasa
La position défendue par Judith Suminwa intervient alors que les partenaires internationaux reconnaissent les premiers développements autour du dossier FDLR mais continuent de demander des garanties sur leur mise en œuvre.
Dans une déclaration du 13 août, le Groupe de contact international a demandé aux autorités congolaises de préparer rapidement un plan d’action et un calendrier réaliste pour la neutralisation effective du mouvement.
Il a également appelé Kinshasa à clarifier les mécanismes de lutte contre l’impunité prévus dans le protocole et à travailler avec la MONUSCO, considérée comme un partenaire important du processus.
Dans le même texte, les partenaires internationaux ont appelé toutes les parties aux accords de Washington et au cadre de Doha à respecter leurs engagements respectifs. Lire la déclaration officielle du Groupe de contact international.
Washington prévoit une logique de mesures coordonnées
La neutralisation des FDLR constitue également l’un des éléments de l’architecture sécuritaire du processus de Washington entre la RDC et le Rwanda.
Ce cadre lie les mesures concernant le groupe armé rwandais à celles relatives au désengagement des forces et à la levée des mesures défensives prises par Kigali.
C’est cette logique de réciprocité que Judith Suminwa souhaite voir davantage appliquée.
Pour le gouvernement congolais, les progrès obtenus dans le dossier FDLR doivent donc entraîner des avancées parallèles et vérifiables dans l’exécution des obligations assumées par les autres parties.
Washington, Doha et l’Union africaine à mieux coordonner
La Première ministre a par ailleurs plaidé pour une meilleure articulation entre les multiples mécanismes de paix consacrés à l’Est de la RDC.
Le processus de Washington traite principalement du contentieux sécuritaire entre Kinshasa et Kigali. Doha constitue le principal cadre de négociation entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23, tandis que l’Union africaine tente de coordonner les différentes médiations régionales et internationales.
Judith Suminwa demande que ces initiatives disposent d’un calendrier précis, de mécanismes indépendants de vérification et d’un système régulier de partage d’informations.
Elle souhaite également que les violations constatées entraînent des conséquences, afin d’éviter que les différents accords restent sans effet sur les lignes de front.
La MONUSCO encore considérée comme indispensable
Le discours de New York marque également une évolution importante sur la question de la MONUSCO.
Kinshasa avait engagé ces dernières années un processus de désengagement progressif de la mission des Nations Unies. Mais les changements intervenus dans l’Est et l’évolution du conflit ont renforcé le débat sur son rôle dans certaines provinces.
Judith Suminwa considère désormais que la MONUSCO conserve une utilité dans plusieurs domaines : protection des civils, appui aux mécanismes de cessez-le-feu, vérification des engagements et soutien aux opérations de désarmement et de rapatriement.
Le rapatriement du 8 septembre constitue justement un exemple de cette fonction opérationnelle.
Pour la Première ministre, toute modification future de la présence de la mission doit donc tenir compte de la situation sécuritaire réelle afin d’éviter la création d’un vide susceptible d’exposer davantage les populations civiles.
La question centrale reste celle de l’exécution
L’intervention de Judith Suminwa ne consiste pas à affirmer que le problème des FDLR est déjà résolu. Elle vise plutôt à soutenir que des mécanismes concrets de neutralisation existent désormais et qu’ils commencent à produire des résultats.
La distinction est importante. La présence résiduelle des FDLR demeure un enjeu sécuritaire reconnu par les Nations Unies et les partenaires de la région, tandis que l’ampleur réelle du désarmement devra continuer à être mesurée.
Mais Kinshasa entend désormais utiliser les progrès enregistrés pour demander une exécution simultanée des autres obligations issues de Washington et de la résolution 2773.
La prochaine étape sera donc vérifiable sur le terrain : combien de combattants FDLR seront effectivement désarmés et rapatriés, quelles mesures seront appliquées concernant les forces rwandaises, quelle évolution connaîtra le contrôle territorial de l’AFC/M23 et quels mécanismes permettront d’attester indépendamment les progrès accomplis de part et d’autre.
À l’ONU, le message de Judith Suminwa tient ainsi en une ligne : neutraliser les FDLR, oui, mais appliquer dans le même temps l’ensemble des autres engagements déjà souscrits par les parties au processus de paix.



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