La bataille entre l’Ukraine et la Russie se joue également sur le terrain économique. À la tribune de la 81e Assemblée générale des Nations Unies, mercredi 23 septembre 2026 à New York, Volodymyr Zelensky a appelé les États à renforcer la pression financière sur Moscou afin de réduire les ressources disponibles pour poursuivre la guerre.
Le président ukrainien a directement mis en cause Vladimir Poutine, qu’il présente comme le principal obstacle à une issue au conflit. Cette appréciation relève de la position politique de Kiev : Moscou attribue, de son côté, l’absence d’accord à des divergences sur les conditions d’un règlement et aux politiques menées par l’Ukraine et ses soutiens occidentaux.
« Les revenus de la Russie doivent rester une cible », a déclaré Volodymyr Zelensky devant l’Assemblée générale.
Son raisonnement est essentiellement économique : plus la Russie conserve des recettes importantes issues notamment de son commerce extérieur et de ses exportations énergétiques, plus elle dispose de ressources pour financer ses opérations militaires.
Zelensky a ainsi estimé que chaque avantage économique supplémentaire accordé à Moscou prolonge potentiellement sa capacité à soutenir l’effort de guerre.
Réduire les ressources disponibles pour la guerre
Depuis le début de l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine en février 2022, les revenus tirés des hydrocarbures occupent une place centrale dans la stratégie de sanctions mise en œuvre par les États-Unis, l’Union européenne et plusieurs de leurs partenaires.
Les mesures prises touchent notamment les exportations pétrolières, certaines institutions financières, les entreprises liées au complexe militaro-industriel et la flotte de navires utilisée pour contourner certaines restrictions.
Cette stratégie a encore été renforcée en 2026. Le 18 septembre, le président américain Donald Trump a promulgué une nouvelle loi de sanctions visant notamment les secteurs énergétique et militaire russes ainsi que les pétroliers utilisés pour contourner les restrictions existantes. Reuters a détaillé les principales dispositions de cette législation.
L’Union européenne a, elle aussi, adopté en juillet un 21e paquet de sanctions comprenant de nouvelles mesures contre les revenus énergétiques, les services financiers et les réseaux permettant de contourner les restrictions.
Moscou refuse l’idée d’une simple « pause »
La pression réclamée par Kiev intervient alors que les positions diplomatiques ukrainienne et russe restent éloignées.
À New York, Sergueï Lavrov a réaffirmé que Moscou ne souhaitait pas une simple trêve dans les combats. Le ministre russe des Affaires étrangères soutient qu’une interruption temporaire pourrait permettre aux partenaires de l’Ukraine de renouveler ses stocks d’armes et de renforcer ses capacités avant une éventuelle reprise des hostilités.
Selon la position russe, un accord devrait donc traiter ce que Moscou présente comme les causes profondes du conflit et aboutir à un règlement durable plutôt qu’à une suspension temporaire des opérations.
Kiev considère au contraire qu’une partie des exigences russes remettrait en cause sa souveraineté et sa capacité à assurer sa propre sécurité.
Ces divergences expliquent pourquoi, malgré différentes initiatives diplomatiques, aucune formule de règlement global n’a encore obtenu l’accord des deux parties.
Plus de sanctions peuvent-elles pousser la Russie à négocier ?
La question ne possède pas de réponse automatique. Les sanctions économiques peuvent augmenter le coût d’une guerre, limiter l’accès à certaines technologies, compliquer le financement du secteur militaire et réduire progressivement les marges budgétaires d’un État.
Mais transformer cette pression en concession diplomatique dépend de plusieurs facteurs : l’ampleur réelle des pertes économiques, la capacité à contourner les sanctions, les revenus tirés des exportations qui subsistent, le soutien de partenaires commerciaux extérieurs et la priorité que les dirigeants accordent à leurs objectifs militaires.
La Russie conserve notamment d’importants débouchés commerciaux hors des pays occidentaux. Elle a également développé différents mécanismes pour maintenir une partie de ses exportations énergétiques malgré les restrictions.
Dans le même temps, les sanctions et les effets économiques de la guerre exercent une pression croissante sur certains secteurs russes. Les dépenses militaires, les taux d’intérêt élevés, les besoins de financement public et les difficultés touchant certaines capacités énergétiques constituent plusieurs des tensions observées dans l’économie russe.
En clair : une pression économique plus forte peut réduire les ressources disponibles pour financer la guerre et modifier le rapport de force dans une négociation. Elle ne garantit cependant pas, à elle seule, que Moscou acceptera plus rapidement un compromis.
Le rôle décisif du pétrole et de l’énergie
L’efficacité des sanctions dépend notamment du marché mondial de l’énergie.
Si les cours du pétrole sont élevés, la Russie peut partiellement compenser une baisse de ses volumes d’exportation par des recettes unitaires plus importantes. À l’inverse, une combinaison entre baisse des prix, restrictions commerciales et difficultés logistiques peut peser davantage sur les finances publiques russes.
C’est pourquoi les États occidentaux cherchent depuis plusieurs années à réduire les revenus de Moscou sans provoquer simultanément une forte hausse mondiale du prix du pétrole qui pourrait annuler une partie de l’effet recherché.
Le Conseil de l’Union européenne affirme que ses restrictions énergétiques et son mécanisme de plafonnement du pétrole ont fortement réduit les recettes que la Russie tire de certains marchés européens. L’UE détaille ici le fonctionnement de ses sanctions économiques contre la Russie.
Un risque de contournement et de rétorsion
Le durcissement économique comporte également des limites et des effets secondaires.
Des sanctions supplémentaires peuvent inciter Moscou à accélérer le développement de circuits commerciaux alternatifs, à utiliser davantage d’intermédiaires ou à renforcer ses relations économiques avec des pays qui n’appliquent pas les mêmes restrictions.
Les mesures visant les acheteurs de pétrole russe peuvent également créer des tensions avec des pays tiers lorsqu’elles prennent la forme de droits de douane ou de sanctions dites secondaires.
La nouvelle législation américaine adoptée en septembre illustre cette difficulté : elle vise les revenus russes, mais permet aussi de frapper certains grands partenaires commerciaux de Moscou, ce qui élargit potentiellement les conséquences du dispositif bien au-delà de la Russie.
Sur le plan politique, une pression accrue peut théoriquement augmenter l’intérêt d’une partie pour une négociation. Elle peut aussi, dans certaines circonstances, pousser les dirigeants concernés à durcir temporairement leur position ou à répondre par des mesures économiques, militaires ou diplomatiques.
Sanctions et diplomatie ne sont pas nécessairement contradictoires
Pour Kiev, l’objectif affiché n’est pas de remplacer la diplomatie par les sanctions, mais de modifier les conditions dans lesquelles une négociation pourrait se tenir.
Le raisonnement ukrainien consiste à considérer qu’une Russie disposant de revenus élevés et capable de poursuivre durablement les opérations militaires aura moins d’incitations à accepter des concessions.
Moscou conteste cette analyse et affirme que la pression occidentale contribue au contraire à prolonger le conflit et à éloigner les conditions d’un compromis.
Ces deux lectures s’affrontent désormais directement à New York : l’Ukraine demande d’accroître le coût économique de la guerre pour la Russie, tandis que Moscou insiste sur la nécessité de négocier sur les conditions politiques et sécuritaires qu’elle considère fondamentales.
Pas de lien mécanique entre pression économique et paix
Il serait donc prématuré d’affirmer qu’un nouveau durcissement des sanctions accélérera nécessairement la paix ou, à l’inverse, aggravera automatiquement le conflit.
L’effet dépendra surtout de la capacité des sanctions à réduire réellement les ressources disponibles, de leur coordination internationale, de l’évolution du marché pétrolier, de la situation militaire et de l’existence d’une proposition diplomatique que les deux camps pourraient envisager.
Une pression économique efficace peut augmenter le coût de la poursuite d’une guerre. Mais la décision de négocier dépend aussi d’objectifs territoriaux, militaires, politiques et sécuritaires qui ne sont pas uniquement économiques.
À l’ONU, Volodymyr Zelensky a donc cherché à convaincre les États que la réduction des revenus russes pouvait modifier l’équation stratégique. La réponse à la question de savoir si cette stratégie rapprochera effectivement les deux pays d’un accord se jouera autant dans les négociations que sur les marchés énergétiques et sur le champ de bataille.



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