Les critiques communes adressées au pouvoir ne déboucheront pas, du moins à ce stade, sur une fusion des principales plateformes de l’opposition congolaise. Martin Fayulu a clairement écarté mercredi 16 septembre 2026 l’hypothèse d’une intégration de la Coalition Article 64 (C64) au mouvement « Sauvons la RDC », dirigé par l’ancien président Joseph Kabila. Une prise de position qui confirme que, derrière certaines revendications partagées, les lignes de fracture au sein de l’opposition demeurent importantes.
L’échange a eu lieu lors d’un Space animé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala. Un intervenant, se présentant comme représentant en France du parti Piste de Seth Kikuni, membre de « Sauvons la RDC », a interrogé Fayulu sur la possibilité d’un rapprochement entre les deux regroupements.
Sa question reposait sur un constat : la C64 et « Sauvons la RDC » expriment actuellement plusieurs critiques similaires à l’égard du pouvoir de Félix Tshisekedi, notamment sur le débat constitutionnel et sur le format du dialogue national.
Martin Fayulu a néanmoins rejeté l’idée d’une adhésion de la C64 au mouvement de Joseph Kabila.
« Demander à la C64 de rejoindre Sauvons la RDC, c’est demander aux gens qui sont au paradis de rejoindre l’enfer. C’est le monde à l’envers. »
La formule, volontairement tranchante, traduit surtout la volonté de Fayulu de préserver une distinction politique entre les deux structures. Elle ne signifie pas pour autant qu’il exclut toute action commune avec des responsables qui évoluent aujourd’hui dans d’autres regroupements.
Des convergences, mais pas une alliance organique
Martin Fayulu a lui-même rappelé au cours de l’échange qu’il avait déjà signé une déclaration commune avec Joseph Kabila, Moïse Katumbi et Delly Sesanga lorsque les circonstances l’avaient, selon lui, exigé.
Le document en question avait été rendu public le 30 avril 2025. Les quatre responsables y appelaient notamment à un dialogue interne entre Congolais afin d’aborder les dimensions politiques et sécuritaires de la crise du pays. Ils soutenaient alors l’initiative portée par la CENCO et l’Église du Christ au Congo pour un dialogue inclusif.
Cette déclaration est importante pour comprendre la position actuelle de Fayulu : coopération ponctuelle ne signifie pas nécessairement appartenance à une même structure.
Le point central : Fayulu ne nie pas l’existence de combats politiques pouvant réunir ponctuellement différents courants de l’opposition. Il refuse en revanche que ces convergences soient interprétées comme une raison suffisante pour faire absorber la C64 par « Sauvons la RDC ».
La chronologie renforce cette distinction. La déclaration commune entre Fayulu, Kabila, Katumbi et Sesanga date d’avril 2025, plusieurs mois avant la naissance de « Sauvons la RDC » et plus d’un an avant la création officielle de la C64.
Deux plateformes nées dans des contextes différents
« Sauvons la RDC » a été créé les 14 et 15 octobre 2025 à Nairobi, au terme d’un conclave regroupant une partie de l’opposition congolaise autour de Joseph Kabila. L’ancien président avait été désigné à la tête du mouvement.
Parmi les personnalités présentes figuraient notamment Augustin Matata Ponyo, Seth Kikuni, Franck Diongo, Jean-Claude Vuemba et plusieurs cadres du Front commun pour le Congo. Le mouvement avait repris à son compte les douze propositions présentées quelques mois auparavant par Joseph Kabila comme une feuille de route pour répondre à la crise du pays.
La C64 est née plus tard, le 19 mai 2026 à Kinshasa. Son intitulé complet, « Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel », traduit directement sa priorité affichée : s’opposer à une réforme de la Constitution susceptible, selon ses membres, d'affecter les règles actuelles de l’alternance présidentielle.
Son lancement avait réuni notamment les formations de Martin Fayulu, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi et Augustin Matata Ponyo, ainsi que des mouvements citoyens.
Cette trajectoire montre d’ailleurs que les frontières de l’opposition ne sont pas totalement étanches. Certains acteurs ou partis ont entretenu des relations avec plusieurs cadres politiques au fil des séquences, sans que cela ne débouche nécessairement sur une structure unifiée.
« Sauvons la RDC » avait déjà tendu la main à la C64
La question posée à Fayulu ne sort pas de nulle part. Quelques jours après la création de la C64, en mai dernier, « Sauvons la RDC » avait publiquement salué la naissance de la nouvelle coalition.
Le mouvement dirigé par Joseph Kabila considérait alors que la C64 rejoignait certaines de ses positions, notamment autour de l’article 64 de la Constitution. Il avait appelé les forces réunies au sein de la nouvelle coalition à aller plus loin dans leur rapprochement.
La réponse donnée par Fayulu quatre mois plus tard montre que cet appel n’a pas débouché sur une volonté d’intégration institutionnelle.
Le débat constitutionnel crée un terrain commun
Les deux regroupements continuent pourtant de se retrouver sur certains thèmes.
La C64 a fait de la défense de l’ordre constitutionnel sa raison d’être officielle. Le mouvement s’oppose à toute modification qu’il considère susceptible de remettre en cause les limites actuelles du mandat présidentiel et a organisé plusieurs mobilisations sur cette question, dont celle du 15 septembre.
« Sauvons la RDC » critique également les orientations du pouvoir sur la Constitution et rejette le dispositif retenu par Félix Tshisekedi pour préparer le dialogue national. Dans un communiqué publié le 13 septembre, la plateforme de Joseph Kabila a estimé que la Présidence conservait un contrôle excessif sur le processus de dialogue, une interprétation contestée par le camp présidentiel.
Ces convergences placent les deux regroupements dans une opposition simultanée à plusieurs initiatives du pouvoir, sans pour autant effacer leurs divergences historiques et stratégiques.
L’opposition congolaise reste organisée en plusieurs pôles
La déclaration de Fayulu rappelle ainsi une caractéristique récurrente du paysage politique congolais : être opposé au même pouvoir ne conduit pas nécessairement à appartenir au même bloc.
La C64 réunit des acteurs ayant eux-mêmes des parcours politiques différents. « Sauvons la RDC » rassemble autour de Joseph Kabila plusieurs personnalités issues de familles politiques distinctes. D’autres formations et responsables de l’opposition évoluent encore en dehors de ces deux cadres.
Les discussions sur une éventuelle unité de l’opposition se heurtent donc à plusieurs niveaux de désaccord : le leadership, les stratégies de mobilisation, l’appréciation du bilan des anciens régimes, le format du dialogue national et les alliances acceptables.
La position de Fayulu est particulièrement significative sur ce dernier point. En rappelant sa déclaration commune de 2025 avec Joseph Kabila tout en rejetant aujourd’hui l’idée de rejoindre son mouvement, il établit une séparation entre deux notions : travailler ensemble sur un objectif déterminé et construire une alliance politique durable.
Une distinction qui pourrait peser sur les prochaines mobilisations
La question de la coordination risque néanmoins de continuer à revenir dans le débat. La marche organisée par la C64 le 15 septembre a replacé cette coalition au centre de l’actualité politique, tandis que « Sauvons la RDC » poursuit de son côté ses prises de position contre le dispositif du dialogue national.
Pour les partisans d’une opposition davantage unifiée, la proximité de certaines revendications nourrit naturellement l’idée d’un front commun. Pour Fayulu, cette proximité ne semble pas suffire à justifier une fusion avec le mouvement de l’ancien président.
Cette ligne pourrait conduire à une configuration où plusieurs plateformes s’opposent simultanément au pouvoir sur certains dossiers, soutiennent ponctuellement les mêmes positions ou participent aux mêmes initiatives, tout en conservant leurs structures et leurs stratégies propres.
La déclaration du 16 septembre ne met donc pas fin à toute possibilité de coordination entre Martin Fayulu et des personnalités appartenant à « Sauvons la RDC ». Elle fixe en revanche une limite politique explicite : pour le dirigeant de l’ECiDé, cette coopération éventuelle ne passe pas par l’intégration de la C64 à la plateforme présidée par Joseph Kabila.



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