À quelques mois de l’échéance du mandat actuel de la MONUSCO, Kinshasa et les Nations Unies maintiennent le dialogue sur des dossiers qui dépassent désormais le seul déploiement des Casques bleus. La ministre d’État des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a reçu lundi 14 septembre 2026 James Swan, Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU en République démocratique du Congo et chef de la Mission onusienne. Leur entretien a porté à la fois sur la sécurité, la vérification du cessez-le-feu, les processus diplomatiques et la réponse à l’épidémie d’Ebola.
Selon le compte rendu de la rencontre, les deux responsables ont examiné les activités liées au mandat de la MONUSCO, le Mécanisme conjoint de vérification élargi, l’appui de la Mission aux différents processus de paix ainsi que la contribution du système des Nations Unies à la lutte contre Ebola.
Thérèse Kayikwamba Wagner a, à cette occasion, réaffirmé l’importance accordée par le gouvernement congolais à une coopération étroite avec les Nations Unies sur trois priorités : la paix, la sécurité et la protection des populations civiles.
Le rôle de la MONUSCO dans la vérification du cessez-le-feu
La question des mécanismes de vérification occupe une place croissante dans les efforts diplomatiques autour de la crise dans l’Est de la RDC. Leur fonction est particulièrement sensible : il s’agit de disposer de dispositifs capables de constater sur le terrain l’application ou la violation d’engagements conclus dans les différents cadres de négociation.
Dans l’architecture actuellement mise en place autour du processus de Doha, le Mécanisme conjoint de vérification élargi Plus, ou MCVE+, bénéficie d’un appui technique et logistique de la MONUSCO. Placé dans le cadre de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, ce dispositif fait partie des instruments mobilisés pour vérifier le respect des engagements relatifs au cessez-le-feu.
Le 24 août, une première mission de vérification avait notamment été menée à Minembwe, dans le Sud-Kivu. Elle avait été précédée, quatre jours plus tôt, par une mission de reconnaissance bénéficiant d’un soutien logistique de la MONUSCO. Cette séquence intervenait après des discussions entre les représentants du gouvernement congolais et ceux de l’AFC/M23 sur la mise en œuvre des engagements pris dans le cadre du processus de Doha.
À retenir : l’entretien de Kinshasa ne portait pas uniquement sur le fonctionnement général de la MONUSCO. Il concernait aussi son rôle d’appui aux mécanismes chargés de traduire les engagements diplomatiques en dispositifs de vérification sur le terrain, dans un contexte où l’écart entre accords politiques et situation sécuritaire demeure un enjeu majeur.
Washington, Doha et médiation africaine : plusieurs pistes à coordonner
Le communiqué relatif à l’audience évoque les « différents processus de paix en cours » sans les détailler. Dans ses interventions récentes, la MONUSCO a toutefois régulièrement cité les processus de Washington et de Doha ainsi que les efforts conduits sous l’égide de l’Union africaine.
Ces cadres ne répondent pas exactement aux mêmes dimensions de la crise. Le processus de Washington concerne notamment les engagements entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, tandis que les discussions facilitées par le Qatar portent sur le conflit entre Kinshasa et l’AFC/M23. Les initiatives africaines cherchent, de leur côté, à maintenir une coordination régionale autour d’une crise dont les répercussions dépassent les frontières congolaises.
James Swan a plusieurs fois insisté sur la nécessité d’éviter que ces initiatives évoluent séparément. En juin, au terme de consultations régionales, le chef de la MONUSCO avait notamment appelé à une meilleure coordination entre les démarches de Washington, de Doha et celles portées par l’Union africaine.
Cette question reste centrale pour l’ONU : des accords conclus sur le plan diplomatique ne peuvent produire d’effets durables que s’ils sont accompagnés de mécanismes opérationnels, de vérification et de suivi capables de fonctionner dans les zones affectées par les combats.
La crise Ebola également au menu de l’entretien
La présence d’Ebola dans les discussions montre aussi que les relations entre Kinshasa et la MONUSCO ne se limitent pas au dossier militaire. La RDC fait face en 2026 à sa 17e épidémie d’Ebola, provoquée par le virus Bundibugyo, dans un environnement déjà fragilisé par les conflits, les déplacements de population et les difficultés d’accès à certaines zones.
Au 7 septembre, l’Organisation mondiale de la santé recensait 6 757 cas confirmés et 3 267 décès en RDC, répartis dans six provinces. Des données gouvernementales relayées quelques jours plus tard faisaient état de plus de 7 000 cas et de l’extension de l’épidémie à une septième province.
Le gouvernement congolais, avec l’OMS, le système des Nations Unies, Africa CDC et d’autres partenaires, a lancé début septembre un plan révisé de réponse sur 180 jours. L’objectif est notamment d’intensifier la surveillance, la prise en charge, la recherche des contacts et la coordination de la riposte.
La MONUSCO avait déjà indiqué en juillet fournir un appui logistique et opérationnel à la réponse sanitaire, notamment en Ituri. Dans certaines zones affectées simultanément par l’insécurité et l’épidémie, ses capacités de transport et de soutien peuvent faciliter les interventions d’acteurs sanitaires là où l’accès demeure difficile.
Un échange à l’approche d’une nouvelle séquence au Conseil de sécurité
La rencontre intervient également à un moment important pour l’avenir de la Mission. Le mandat actuel de la MONUSCO, défini par la résolution 2808 adoptée par le Conseil de sécurité des Nations Unies, court jusqu’au 20 décembre 2026.
Une réunion trimestrielle du Conseil de sécurité consacrée à la RDC et à la mise en œuvre du mandat de la Mission est attendue au cours du mois de septembre. James Swan a d’ailleurs mené ces dernières semaines plusieurs consultations régionales, notamment au Burundi, en Ouganda et au Rwanda, dans la perspective des discussions internationales sur la situation congolaise.
La question du mandat s’inscrit dans une relation complexe entre la RDC et la Mission onusienne. Kinshasa a engagé depuis plusieurs années un processus de désengagement progressif de la MONUSCO, mais la persistance des conflits dans l’Est et l’apparition de nouveaux mécanismes de cessez-le-feu ont maintenu un besoin de coopération dans plusieurs domaines, notamment la protection des civils, la logistique et la vérification.
L’audience de lundi n’a débouché, selon les informations rendues publiques, ni sur l’annonce d’un nouvel accord ni sur une modification du calendrier de la Mission. Elle confirme en revanche que les discussions entre Kinshasa et l’ONU portent désormais simultanément sur la gestion immédiate des crises, l’application des engagements de paix et l’évolution du rôle de la MONUSCO.
Pour la diplomatie congolaise comme pour les Nations Unies, le principal test restera celui du terrain : la capacité des mécanismes négociés à réduire effectivement les hostilités, à améliorer la protection des civils et à faire converger les différentes initiatives diplomatiques vers une stabilisation durable de l’Est de la RDC.



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