La justice militaire congolaise examine à Uvira un dossier d’une ampleur inhabituelle. Une centaine de militaires, parmi lesquels sept officiers, ont comparu mardi 15 septembre 2026 devant la Cour militaire du Sud-Kivu, réunie en audience publique au rond-point Kavimvira. Tous sont poursuivis pour « lâcheté devant l’ennemi », une qualification pénale militaire particulièrement grave, à la suite d’événements que l’accusation situe dans la nuit du 22 au 23 août dans les hauteurs dominant la ville.


Les prévenus sont présentés comme des éléments du 21ᵉ bataillon Simba de la Garde républicaine. Selon les premiers éléments exposés devant la juridiction, ils étaient déployés sur des positions situées à Malimba et Masangu lorsque se seraient produits les faits à l’origine des poursuites.


Le ministère public est représenté dans cette procédure par l’auditeur militaire supérieur, le colonel Jean-Baptiste Kumbu Ngoma. Sept officiers figurent parmi les militaires appelés à répondre devant la Cour : un officier supérieur et six officiers subalternes, selon les informations rapportées par des médias locaux suivant l’audience.


À ce stade, il s’agit d’accusations portées par le ministère public. La culpabilité des prévenus n’est pas établie et la Cour devra examiner les faits attribués individuellement à chacun, les éléments produits par l’accusation ainsi que les arguments et moyens de défense.


Des faits présumés dans les hauteurs d’Uvira


Le dossier renvoie directement à la situation militaire particulièrement instable qu’a connue le Sud-Kivu au cours du mois d’août. Les zones de Fizi, Uvira et Mwenga ont été le théâtre de combats répétés entre les Forces armées de la République démocratique du Congo, appuyées sur certains fronts par des groupes Wazalendo, et l’AFC/M23 ainsi que ses alliés.


Selon l’accusation dans le procès d’Uvira, les faits reprochés aux militaires se seraient déroulés à Malimba et Masangu dans la nuit du 22 au 23 août. Les détails opérationnels précis de cet épisode — notamment les ordres reçus, la disposition des unités, la nature de l’attaque adverse et les circonstances dans lesquelles les positions auraient été quittées ou perdues — devront être établis au cours des débats.


Cette précision est essentielle : la seule présence de militaires dans une zone ayant connu un revers ou un mouvement de troupes ne suffit pas, en elle-même, à caractériser juridiquement une infraction. C’est à la juridiction qu’il revient de déterminer le comportement de chacun et d’établir s’il correspond aux éléments prévus par le droit pénal militaire.


Que recouvre la « lâcheté » en droit militaire congolais ?


La qualification retenue par le ministère public est prévue par le Code pénal militaire congolais. Son article 57 définit notamment la lâcheté comme la fuite devant les forces ennemies ou des bandes insurrectionnelles, ou l’utilisation de moyens irréguliers pour se soustraire à un danger.


Cette définition explique pourquoi le procès devra aller au-delà d’une appréciation générale du comportement d’une unité. La Cour devra notamment examiner les circonstances concrètes du terrain, les responsabilités de commandement, les ordres éventuellement reçus, la capacité des militaires à maintenir leurs positions et les motifs invoqués par la défense.


Point juridique : la qualification de « lâcheté devant l’ennemi » constitue à ce stade la thèse du ministère public. Elle ne doit pas être présentée comme un fait définitivement établi avant l’examen contradictoire des preuves et la décision de la Cour militaire.


Une procédure concernant une unité entière ou des responsabilités individuelles ?


Le nombre de prévenus donne à l’affaire une dimension particulière. Environ une centaine de militaires se retrouvent simultanément devant la justice, alors que les responsabilités pénales doivent en principe être appréciées individuellement.


L’un des enjeux majeurs de l’audience sera donc de déterminer si le ministère public dispose d’éléments précis permettant d’attribuer un comportement déterminé à chaque prévenu, ou si les poursuites reposent en partie sur une appréciation collective des événements survenus sur le front.


La présence d’officiers parmi les accusés ajoute également la question de la chaîne de commandement. Un officier supérieur et six officiers subalternes comparaissent avec les autres militaires. La Cour pourrait ainsi être appelée à examiner aussi bien l’exécution des ordres par les soldats que la manière dont les positions et les mouvements de l’unité ont été dirigés.


Un procès dans un contexte de combats persistants


La procédure intervient alors que le sud du Sud-Kivu demeure marqué par une forte activité militaire. À la fin du mois d’août, plusieurs sources locales faisaient état d’affrontements sur différents axes des hauts plateaux de Fizi, d’Uvira et du secteur d’Itombwe, notamment autour de Point Zéro.


Actualite.cd rapportait le 31 août de nouveaux combats à Point Zéro ainsi qu’à Malimba, tandis que des acteurs locaux signalaient d’importants déplacements de population. Radio Maendeleo a également documenté, entre le 10 et le 27 août, une intensification des affrontements dans plusieurs zones de Fizi, Mwenga et Uvira.


Ces éléments permettent de replacer le procès dans son environnement militaire sans pour autant établir ce qui s’est précisément produit à Malimba et Masangu dans la nuit visée par les poursuites. Sur ce point, les débats judiciaires restent la principale source attendue de clarification.


Le ministère public doit détailler les faits


La première phase de l’audience est consacrée à la présentation du dossier par le ministère public. Celui-ci doit exposer les faits imputés aux militaires, préciser les circonstances dans lesquelles ils seraient survenus et produire les éléments censés soutenir l’accusation.


Les prévenus et leurs conseils doivent ensuite pouvoir répondre à ces accusations, présenter leur propre version des événements, contester les preuves produites et faire valoir les circonstances qu’ils estiment pertinentes.


La tenue publique de l’audience au rond-point Kavimvira a attiré plusieurs habitants d’Uvira. Au-delà de l’intérêt suscité par le nombre de militaires concernés, le procès touche à une question sensible dans une région en guerre : celle de la discipline militaire face à des fronts mouvants, mais aussi celle des garanties judiciaires accordées à des soldats poursuivis pour leur comportement au combat.


Une décision très attendue


La Cour militaire du Sud-Kivu devra, à l’issue des débats, déterminer si les éléments présentés permettent de retenir la qualification poursuivie et, le cas échéant, quelles responsabilités peuvent être imputées à chacun des militaires.


Pour l’heure, aucun verdict n’a été prononcé. Le bilan définitif des poursuites, les positions de la défense et les éventuelles distinctions opérées entre officiers, sous-officiers et soldats devront être suivis au fil de l’audience.


Dans un contexte où les combats continuent de mettre sous pression les unités déployées dans l’Est de la RDC, ce procès sera observé à la fois comme une affaire disciplinaire et pénale majeure et comme un test de la capacité de la justice militaire à établir des responsabilités individuelles sur la base de faits précisément documentés.