Le soutien affiché par Willy Mishiki à Félix Tshisekedi n’est pas présenté comme un blanc-seing. Dans une récente déclaration consacrée aux Wazalendo et à la guerre dans l’Est de la République démocratique du Congo, le député national élu de Walikale affirme que le chef de l’État demeure, à ses yeux, leur principal allié, tout en prévenant que cette proximité dépendrait de la ligne adoptée face au Rwanda.


« Le président Félix Tshisekedi est le seul allié des Wazalendo », affirme Willy Mishiki, avant de soutenir que les combattants qu’il défend politiquement pourraient changer d’attitude si le président congolais venait à se rapprocher de Paul Kagame.


« Si Félix Tshisekedi aussi embrasse Kagame, nous allons nous retourner contre lui, nous les Wazalendo », déclare-t-il.


Cette sortie intervient dans un contexte où les Wazalendo participent, sur plusieurs fronts du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, aux combats aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo contre l’AFC/M23.


Le message politique de Mishiki : son soutien à Félix Tshisekedi est présenté comme lié à la politique sécuritaire menée contre l’AFC/M23 et à la détérioration des relations avec Kigali, plutôt qu’à une adhésion inconditionnelle à toutes les orientations du pouvoir.


Une déclaration spectaculaire sur « 50 ans au pouvoir »


Willy Mishiki est allé plus loin en établissant une comparaison entre la longévité politique de Paul Kagame au Rwanda et celle qu’il souhaiterait voir pour Félix Tshisekedi en RDC.


« Si Paul Kagame fait 50 ans au pouvoir, Félix Tshisekedi fera aussi 50 ans au pouvoir », a-t-il lancé.


Cette phrase doit toutefois être replacée dans son registre politique. Elle ne décrit pas le droit actuellement applicable en République démocratique du Congo.


L’article 70 de la Constitution prévoit que le président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois.


Plus encore, l’article 220 classe le nombre et la durée des mandats du président de la République parmi les dispositions qui ne peuvent faire l’objet d’aucune révision constitutionnelle.


Dans le cadre constitutionnel actuellement en vigueur, la perspective d’un maintien de Félix Tshisekedi à la présidence pendant plusieurs décennies ne peut donc être présentée comme une possibilité juridique découlant des règles actuelles.


Le texte de la Constitution publié par la Présidence confirme à la fois la limitation prévue à l’article 70 et le verrou consacré par l’article 220.


Mishiki lie surtout son soutien à la guerre dans l’Est


Au-delà de cette formule sur la durée du pouvoir, le cœur de la déclaration de Willy Mishiki concerne la relation entre les Wazalendo et Félix Tshisekedi.


L’élu de Walikale considère que le président leur a apporté un appui politique dans leur engagement contre l’AFC/M23 et les forces que Kinshasa accuse de bénéficier du soutien du Rwanda.


Quelques jours auparavant, Mishiki avait déjà publiquement remercié Félix Tshisekedi pour ce qu’il présentait comme son accompagnement des Wazalendo.


Le 21 septembre, à sa sortie d’une plénière de l’Assemblée nationale, il avait affirmé avoir profité des vacances parlementaires pour se rendre dans certaines zones du front et « rehausser le moral » des combattants.


Il avait alors expliqué que cette démarche s’inscrivait, selon lui, dans les orientations données par le chef de l’État en faveur des Wazalendo.


Tshisekedi avait lui-même reconnu une relation initialement difficile


L’évolution de cette relation a déjà été évoquée publiquement par Félix Tshisekedi lui-même.


Dans un entretien accordé en mars 2024 au Monde, à Radio France et au Wall Street Journal, le président congolais expliquait que certains Wazalendo l’avaient initialement considéré avec méfiance en raison de sa politique de rapprochement avec les États voisins, notamment le Rwanda, au début de son premier mandat.


Il disait avoir ensuite cherché à mieux les encadrer lorsque les relations entre Kinshasa et Kigali se sont fortement dégradées et que la guerre du M23 a repris de l’ampleur.


Ce précédent donne un contexte à la déclaration de Mishiki : dans son discours, la relation entre certains groupes Wazalendo et le pouvoir central reste principalement déterminée par la manière dont Kinshasa répond au conflit dans l’Est.


Une ligne rouge appelée « Kagame »


Lorsqu’il évoque la possibilité de « se retourner » contre Félix Tshisekedi si celui-ci « embrasse Kagame », Willy Mishiki formule donc une condition politique.


Il ne précise toutefois pas ce qu’il considérerait concrètement comme un rapprochement inacceptable : une rencontre entre les deux chefs d’État, une reprise des relations diplomatiques, un compromis sécuritaire ou un accord négocié dans le cadre des processus de paix.


Cette précision est importante dans la mesure où Kinshasa participe actuellement à des mécanismes diplomatiques qui impliquent directement ou indirectement Kigali.


Une négociation avec le Rwanda ne signifie pas nécessairement, en elle-même, un alignement politique sur Kigali. Les processus diplomatiques en cours visent notamment à obtenir des engagements sécuritaires, un désengagement des forces et une réduction des hostilités dans l’Est.


Des propos qui ne représentent pas automatiquement tous les Wazalendo


Une autre nuance est nécessaire lorsque Willy Mishiki emploie l’expression « nous les Wazalendo ».


Les Wazalendo ne constituent pas une organisation unique et homogène. Cette appellation regroupe plusieurs groupes et structures locales disposant de commandements, d’implantations et parfois d’intérêts différents.


Willy Mishiki a effectivement occupé une responsabilité dans la Coalition nationale des volontaires pour la défense de la patrie, mais cette structure avait annoncé en mars 2026 sa destitution et sa radiation après des désaccords liés à plusieurs de ses sorties médiatiques.


Le député avait continué par la suite à défendre publiquement la cause des Wazalendo et à s’exprimer sur leurs opérations. Ses déclarations ne peuvent néanmoins être considérées, sans confirmation des structures concernées, comme la position officielle de l’ensemble des groupes se réclamant de cette appellation.


Un député de Walikale proche de la majorité présidentielle


Willy Mishiki Buhini est actuellement député national élu de la circonscription de Walikale, dans le Nord-Kivu. Sa fiche officielle à l’Assemblée nationale confirme son mandat parlementaire en cours et son appartenance à l’organisation politique AUN.


L’Assemblée nationale le répertorie comme député de Walikale et membre de la Commission Environnement, tourisme, ressources naturelles et développement durable.


Il évolue politiquement dans la majorité et a régulièrement défendu l’action de Félix Tshisekedi sur la question sécuritaire, même s’il a aussi pris des positions différentes de celles d’autres responsables de l’Union sacrée sur certains dossiers internes.


Le soutien aux Wazalendo reste un sujet sensible


Les déclarations de Mishiki interviennent alors que le statut et l’avenir des Wazalendo continuent de poser plusieurs questions à l’État congolais.


Le député plaide depuis plusieurs années pour l’intégration d’une partie de ces combattants dans les FARDC, la Police nationale et d’autres services de sécurité afin, selon lui, de ne pas abandonner après la guerre ceux qui ont combattu aux côtés des forces gouvernementales.


D’autres observateurs mettent cependant en avant les difficultés que poserait une intégration générale de groupes armés aux structures régulières, notamment en matière de commandement, de formation, de discipline et de responsabilité pour d’éventuelles violations des droits humains.


Le débat concerne donc autant leur rôle actuel sur le champ de bataille que leur devenir dans une éventuelle phase de désescalade.


Une formulation ambiguë à vérifier dans la déclaration originale


Un passage de la déclaration attribuée à Willy Mishiki nécessite par ailleurs une vérification sur l’enregistrement original.


Dans la transcription actuellement diffusée, il lui est attribué successivement : « Nous avons soutenu Kagame » puis « quand seulement il a commencé à collaborer avec Kagame, nous nous sommes retournés contre lui ».


La construction est contradictoire puisqu’elle semble désigner Kagame comme la personne soutenue puis comme celle avec laquelle cette même personne aurait collaboré.


Il pourrait s’agir d’une erreur de transcription ou d’un nom mal retranscrit. Sans accès à une séquence audio ou vidéo suffisamment claire, il serait imprudent de substituer nous-mêmes un autre nom à celui qui apparaît dans la version actuellement disponible.


Entre soutien politique et avertissement


La sortie de Willy Mishiki comporte ainsi deux messages différents.


Le premier est un soutien affirmé à Félix Tshisekedi dans le contexte de la guerre dans l’Est, le député estimant que le président reste aujourd’hui un partenaire des Wazalendo.


Le second est un avertissement : cette relation serait, selon lui, dépendante de la politique menée à l’égard de Kigali.


Sa comparaison avec les décennies de pouvoir de Paul Kagame ajoute une dimension politique supplémentaire au débat, mais elle ne modifie pas les règles constitutionnelles congolaises actuellement applicables.


Au-delà de la formule, l’enjeu principal reste donc de savoir comment l’État congolais entend gérer sa relation avec les Wazalendo pendant les opérations militaires, puis leur statut dans le cadre d’une éventuelle sortie de crise dans l’Est du pays.