La réconciliation politique à Zanzibar passe désormais de la déclaration d’intention à l’épreuve de la négociation. Le président de l’archipel, Hussein Ali Mwinyi, a officiellement lancé lundi 14 septembre 2026 le Comité conjoint chargé de poursuivre les discussions entre le Chama Cha Mapinduzi (CCM), au pouvoir, et ACT-Wazalendo, principale force d’opposition engagée dans ce processus. Composé de dix membres, cinq désignés par chaque camp, cet organe doit donner un contenu concret à l’accord politique conclu le 9 juillet dernier.

Son installation constitue une étape importante, mais pas l’aboutissement du processus. Les deux partis doivent encore s’entendre sur plusieurs dossiers touchant à l’organisation du pouvoir, au système électoral et au fonctionnement des institutions de Zanzibar. Au centre des discussions figure notamment la question du Gouvernement d’unité nationale, restée en suspens après les élections générales du 29 octobre 2025.

Dix négociateurs pour transformer l’accord en décisions

Le comité est coprésidé par Abdi Mahmoud Abdi, secrétaire général adjoint du CCM à Zanzibar, et Omar Ali Shehe, secrétaire général adjoint d’ACT-Wazalendo. Huit autres personnalités complètent la délégation conjointe.

Les dix membres du comité

  • Abdi Mahmoud Abdi, coprésident ;
  • Omar Ali Shehe, coprésident ;
  • Khalid Salum Mohamed ;
  • Najma Murtaza Giga ;
  • Masoud Ali Mohamed ;
  • Mgeni Hassan Juma ;
  • Omar Said Shaaban ;
  • Fatma Abdulhabib Fereji ;
  • Said Ali Mbarouk ;
  • Mohamed Nur Mohamed.

Deux secrétaires, Mwalim Ali Mwalim et Seif Khamis Mohamed, ont également été désignés, ainsi qu’un secrétariat de quatre membres chargé d’appuyer les travaux. Les noms avaient été annoncés le 13 septembre par les autorités de Zanzibar, sur proposition des deux formations politiques.

La structure paritaire du comité place formellement le CCM et ACT-Wazalendo sur un pied d’égalité dans cette phase de discussion. La question déterminante sera toutefois moins sa composition que sa capacité à produire des compromis susceptibles d’être traduits dans le droit et les institutions.

Une négociation née de l’impasse post-électorale

Le dialogue actuel trouve son origine dans les tensions consécutives aux élections générales d’octobre 2025. Selon les informations rendues publiques par les acteurs du processus, les discussions entre le CCM et ACT-Wazalendo ont officiellement commencé le 9 novembre 2025, avec l’implication d’anciens présidents de Zanzibar.

ACT-Wazalendo, arrivé en deuxième position, n’avait pas présenté les noms destinés à participer au Gouvernement d’unité nationale prévu par le système politique zanzibarite. Le parti avait alors invoqué ses préoccupations concernant le déroulement du scrutin et réclamé des changements avant de rejoindre pleinement le dispositif institutionnel.

Après plusieurs mois de discussions, les deux formations ont signé le 9 juillet à la State House de Zanzibar une déclaration commune définissant un cadre de travail. La présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan avait assisté à la cérémonie aux côtés de Hussein Mwinyi et des responsables des deux partis.

La création du comité conjoint aujourd’hui installé était précisément l’une des étapes prévues par cette entente.

Bien plus que le partage des postes

Réduire les négociations à la seule reconstitution d’un Gouvernement d’unité nationale ne rendrait toutefois pas compte de l’étendue des sujets mis sur la table. Lors de la signature de juillet, les responsables d’ACT-Wazalendo avaient évoqué des réformes touchant notamment au système électoral, à la Constitution de Zanzibar, à la fonction publique, à la justice et à l’administration locale.

La déclaration commune prévoit plus largement que les deux camps travaillent sur la stabilité politique, la gouvernance, le respect des institutions, la coopération entre acteurs politiques et l’application des engagements issus du processus de réconciliation.

L’enjeu central : le comité n’a pas seulement pour mission de maintenir le dialogue entre deux partis. Il doit préparer les mécanismes permettant de transformer des engagements politiques en réformes institutionnelles et, lorsque cela sera nécessaire, en dispositifs dotés d’une base juridique.

Lors de la signature de juillet, il avait été indiqué qu’une structure établie conformément à la loi devrait ensuite superviser la mise en œuvre des réformes retenues. Le comité installé ce lundi intervient donc en amont de cette éventuelle phase d’exécution.

Une réconciliation observée avec prudence

L’initiative bénéficie de soutiens, mais elle n’échappe pas aux interrogations. Certains analystes zanzibarites cités par la presse tanzanienne considèrent que la reprise du dialogue peut renforcer la stabilité et permettre le fonctionnement effectif du Gouvernement d’unité nationale.

D’autres soulèvent cependant la question de la représentativité du processus. Ali Makame, présenté comme analyste politique et militant par The Citizen, a notamment estimé que des décisions issues uniquement du CCM et d’ACT-Wazalendo ne sauraient nécessairement être assimilées à une position de l’ensemble des Zanzibaris. Il s’est également interrogé sur la place des autres formations politiques et institutions dans la suite du processus.

Ces réserves rappellent que la réussite des négociations sera appréciée non seulement à l’aune d’un accord entre les deux principaux protagonistes, mais également de la solidité juridique, de la transparence et de l’acceptabilité des solutions qui seront retenues.

Le poids des précédents à Zanzibar

L’archipel a déjà connu plusieurs cycles de rapprochement politique après des périodes de confrontation électorale. Des initiatives de réconciliation ont notamment été engagées en 2001, 2010, 2016 et 2020, avec des résultats variables.

Les réformes constitutionnelles adoptées autour de 2010 ont institutionnalisé le principe d’un Gouvernement d’unité nationale associant les principales forces issues des élections. Ce mécanisme devait contribuer à réduire la logique d’exclusion politique qui avait alimenté plusieurs crises dans l’archipel.

Le contexte né des élections de 2025 a néanmoins montré que l’existence d’un mécanisme constitutionnel ne suffit pas, à elle seule, à garantir la participation des différentes forces politiques lorsque la confiance dans le processus électoral est contestée.

C’est précisément sur ce terrain que le nouveau comité est désormais attendu. Son installation donne aux deux camps un cadre officiel pour négocier ; elle ne préjuge ni de la durée des discussions ni du contenu des compromis qui pourront être obtenus.

Le vrai test commence maintenant

Le lancement du comité marque ainsi une rupture avec la première phase du processus, essentiellement consacrée à rapprocher les positions et à définir les sujets de discussion. À compter de maintenant, chaque dossier sensible devra faire l’objet de propositions, de compromis et, pour certaines réformes, de procédures juridiques ou institutionnelles.

Pour Hussein Mwinyi comme pour ACT-Wazalendo, l’enjeu sera de démontrer que la déclaration du 9 juillet peut produire autre chose qu’un nouvel accord politique sans lendemain. L’histoire récente de Zanzibar, marquée par plusieurs tentatives de réconciliation, place la mise en œuvre au cœur des attentes.

Le comité de dix membres dispose désormais du mandat politique pour avancer. Les prochaines étapes permettront de mesurer si le rapprochement entre le CCM et ACT-Wazalendo peut déboucher sur un nouvel équilibre institutionnel durable ou si les divergences qui ont suivi le scrutin de 2025 continueront de peser sur la vie politique de l’archipel.